Avec le projet de loi sur la liberté de création, l'architecture et le patrimoine adopté à l’Assemblée nationale, Fleur Pellerin entend favoriser l’accès aux malvoyants d'une large part de la production éditoriale. Une mesure applaudie par Luc Maumet, responsable de la médiathèque Valentin Haüy.

Avec le projet de loi sur la liberté de création, l'architecture et le patrimoine adopté à l’Assemblée nationale, Fleur Pellerin entend favoriser l’accès aux malvoyants d'une large part de la production éditoriale. Une mesure applaudie par Luc Maumet, responsable de la médiathèque Valentin Haüy, un lieu phare de l'accessibilité, où la ministre a effectué une visite le 6 octobre.

Nous vous invitons à retrouver ci-dessous l’interview de Luc Maumet (LM)

Vous pouvez également réécouter l'interview de Fleur Pellerin pour Vivre FM sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication.

Entretien.

Plusieurs dispositions du projet de loi sur la liberté de création renforcent l’accès à la lecture pour les malvoyants. Selon vous, ce projet de loi va-t-il dans la bonne direction ?

Luc Maumet : Je me réjouis d'un texte qui place si haut le devoir d'intégrer les personnes en situation de handicap à la cité, en particulier pour ce qui concerne la lecture. L'écrit demeure, en effet, l'un des vecteurs privilégiés de la culture et de la connaissance, mais aussi une source inestimable de plaisir. Les personnes déficientes visuelles ont une grande soif de lecture. Elles apprécient de pouvoir lire – par exemple – le dernier Millenium dès sa sortie. Ou les nouveautés de la rentrée littéraire en même temps – et dans la même fièvre de découverte – que les autres lecteurs.

Quelles sont, précisément, les avancées du projet de loi en matière d'adaptation pour les malvoyants ?

LM : Nous avions déjà la chance de bénéficier d'un cadre légal très favorable : la loi sur « l’exception handicap ». Entrée en vigueur en 2009, elle accorde une exception au droit d'auteur et aux droits voisins pour adapter librement les livres sous droits. De plus, cette loi nous garantit d’avoir accès aux fichiers ayant servi à l’impression des œuvres. Le nouveau projet de loi va plus loin. Il vise à améliorer la productivité de l'adaptation de livres pour les personnes empêchées de lire en facilitant ce travail. L'adaptation, en effet, est un métier très exigeant et la qualité des fichiers que nous transmettent les éditeurs peut grandement influer sur la productivité des salariés spécialisés dans ce travail. Notre fonds compte actuellement 19 000 titres et en comptera environ 30 000 d’ici la fin 2016, grâce à la loi. Autre avancée intéressante : l'obligation faite à chaque bibliothèque spécialisée de déposer à la Bibliothèque nationale de France les livres qu'elle aura adaptés. Nous devrions bientôt voir naître une bibliothèque centrale du livre adapté ! Cette mutualisation nous apportera une économie considérable, car elle nous évitera de refaire chaque adaptation.

Photo : Fleur Pellerin en visite à la Médiathèque Valentin Haüy

Le nouveau projet de loi vise à améliorer la productivité de l'adaptation de livres pour les malvoyants en facilitant ce travail. Ici, Fleur Pellerin visite la médiathèque ValentiHaüy le 6 octobre © AVH

 

Le projet de loi prévoit également un élargissement du champ des bénéficiaires de l'édition adaptée...

LM : C'est une grande avancée en termes d'accès à la lecture. Jusque-là, seules les personnes handicapées disposant d'une carte d'invalidité à 80% minimum ou d’un certificat médical établit par un ophtalmologue pouvaient bénéficier de nos services. Ce sont des personnes déficientes visuelles ou en situation de handicap mental ou de handicap moteur. Elles sont 5000 actuellement à utiliser régulièrement nos services, mais le nombre d'utilisateurs concernés est potentiellement beaucoup plus grand. Demain, seront admises d’autres catégories d'usagers et, en particulier, les personnes atteintes de troubles « dys » : dyslexie, dyspraxie, dysphasie. On constate un large consensus autour de cet élargissement des publics. Il résulte en grande partie des efforts déployés par le ministère lors de la phase de concertation en amont de la rédaction de la loi.

Selon vous, à quoi est dû le succès de la Médiathèque Valentin Haüy ?

LM : Notre travail est d'aider à lire ceux qui ne peuvent pas aller en librairie ou en bibliothèque. Nous nous appuyons sur une association de gens passionnés, avec quelque 3000 bénévoles. A travers le pays, nos services sont relayés par les 110 comités locaux de l’association Valentin Haüy. Par ailleurs nous collaborons étroitement avec le Service du Livre et de la Lecture du ministère de la Culture et de la Communication, dont l'aide en la matière est déterminante, pour créer un réseau de bibliothèques municipales partenaires : aujourd'hui 54 d'entre elles nous ont rejoint.

illustration éole
Le projet de loi prévoit également un élargissement du champ des bénéficiaires de l'édition adaptée © Créatone/iStock
 

Le profil de vos utilisateurs a-t-il changé ?

LM: La population est plus âgée, en grande partie du fait de la DMLA, une maladie dégénérative de la rétine. Elle atteint des personnes qui dépassent la cinquantaine, et n'avaient pas de problèmes de vue auparavant. Pour eux, qui doivent reconfigurer leur vie, il est important d'avoir accès à l'écrit. Une autre caractéristique est le niveau technologique de nos usagers. Notre plate-forme de téléchargement Éole n'a pas de secrets pour eux ! Il n'est pas rare de voir un petit-fils aider sa grand-mère à s'en servir. Pourtant, il y a peu de différence entre les besoins de nos usagers et ceux d'une bibliothèque ordinaire. Notre travail ne diffère pas non plus de celui d'un bibliothécaire ordinaire. Nous essayons de faire un "plan de développement des collections"eacute;quilibré entre les titres de référence et les sollicitations de nos utilisateurs. Notre production de livres adaptés ne répond pas encore à tous les besoins. Néanmoins, notre plus belle récompense est de pouvoir répondre positivement à de plus en plus de demandes !

Petite typologie du livre adapté pour les malvoyants
Aujourd’hui, le livre adapté pour les malvoyants existe sur plusieurs supports, physiques ou numériques. « Le braille est certainement la forme la plus connue, explique Luc Maumet. Lorsqu’il est imprimé sur du papier (on dit “embossé”) le braille est relativement volumineux ce qui explique la forme en silo de notre médiathèque [NDLR : la médiathèque Valentin-Haüy]. Fondée en 1886 par Maurice de la Sizeranne, c’est la plus ancienne bibliothèque braille francophone au monde. Aujourd’hui le livre adapté a pris de nouvelles formes. Le braille est devenu numérique est peut-être lu à l’aide d’afficheurs spécifiques. Mais c’est surtout du côté du livre sonore que les usages ont été bouleversés par les évolutions techniques. Les abonnés de la Médiathèque Valentin-Haüy peuvent télécharger l’ensemble de nos 19 000 livres audio sur Éole la bibliothèque en ligne ou recevoir directement dans leur boîte aux lettres des CD, gravés à la demande. Nous produisons et distribuons en moyenne plus de 400 CD par jour ouvré. Ces services sont gratuits ! Les livres adaptés que nous diffusons sont produits par des salariés spécialisés et le concours de nombreux bénévoles. Une équipe de 16 bibliothécaires assurent les relations avec les usagers, comme dans une bibliothèque plus classique ».

A lire également

Patrice Legrand sera interviewé en direct sur Vivre FM au cours de l’émission « La vie des associations », le 30 septembre 2015 entre 10 h 00 et 11 h 00. Il présentera l’association Valentin Haüy à travers ses missions, ses valeurs et ses actualités.

Valentin Haüy Actualités N°120

Publié le 31 décembre 2015

Au sommaire de ce numéro: Madame Fleur Pellerin à la médiathèque Valentin Haüy / 1er salon du livre audio à Amiens / Partenariat avec la Fédération de l'hospitalisation privée / La recherche en laboratoire / Etre bénévole à l'association Valentin Haüy