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Louis Braille 1809-1852 : un génie français

Publié le

Un homme pour une oeuvre

Il est rare qu'une invention porte le nom de son créateur.
Le braille appartient au patrimoine de l'humanité, mais sait-on qu'on le doit à un jeune aveugle français ? Louis Braille a seize ans lorsqu'en 1825 il en finalise le principe. Cette année 2009 du bicentenaire de sa naissance est l'occasion de tenter de mieux comprendre une personnalité difficile à cerner et une œuvre peu accessible au profane.

Son existence fut brève ; en outre, elle fut peu spectaculaire. Il est né le 4 janvier 1809 à Coupvray, petit village de Seine-et-Marne, et il est mort à l'Institution des jeunes aveugles de Paris le 6 janvier 1852, à 43 ans. Les quelques sources le concernant nous révèlent un homme réservé dont la vie fut vouée au travail. Cette discrétion explique en partie la méconnaissance dont il est l'objet. L'homme s'efface derrière l'œuvre qui l'absorbe tout entier. À mesure de l'expansion du braille - formidable outil fédérateur pour la communauté des aveugles - s'est développé le culte de sa personne. Ce processus d'héroïsation a culminé en 1952, année de la commémoration du centième anniversaire de sa mort. Louis Braille, reconnu bienfaiteur de l'humanité, a été panthéonisé. Ses restes ont été portés du petit cimetière de Coupvray à l'Institution nationale des jeunes aveugles, puis de là au Panthéon de Paris, où il repose désormais parmi les gloires nationales. Ses mains sont restées à Coupvray, reliques conservées dans une urne placée sur la sépulture familiale.

Cette année 1952 parut aux Presses Universitaires de France la biographie que lui a consacrée Pierre Henri, La vie et l'œuvre de Louis Braille. Sa maison natale - autrefois chemin des Buttes rebaptisé rue Louis Braille - fut transformée en musée, lieu de mémoire où viennent se recueillir les aveugles du monde entier. Louis Braille est devenu une icône dont la légende tend à brouiller la réalité.



L'IMAGE DE L'HOMME

Une empreinte du visage de Braille fut prise sur son lit de mort.
Le sculpteur François Jouffroy a utilisé ce masque pour réaliser son buste. Braille porte, sur une chemise à col montant, la redingote avec les palmettes au revers, insigne de sa fonction d'enseignant. Ses traits sont figés dans un visage régulier au large front. Les cheveux courts sont coiffés en mèches ramenées vers l'avant.

Ce buste fut placé sur une console, dans l'imposte d'une des arcades du vestibule de l'Institution. Son inauguration le 25 mai 1853 donna lieu à une cérémonie au cours de laquelle Hippolyte Coltat, contemporain et ami de Braille, prononça son éloge. Il y évoque une autre représentation de Braille, elle aussi réalisée sur son lit de mort : « Pour adoucir les rigueurs de la séparation et prolonger en quelque manière son séjour parmi eux, ses amis firent faire son portrait, dont un art merveilleux multiplia les exemplaires au gré de l'amitié ».

La formulation ne nous renseigne pas sur la nature de ce portrait. Qu'il ait été un dessin, ou plus probablement un daguerréotype (ancêtre de la photographie), nous n'en avons plus trace, non plus d'ailleurs que du masque mortuaire.
Avançons l'hypothèse que le portrait gravé qui figure en frontispice d'une petite brochure imprimée en noir en 1880, Anaglyptographie et raphigraphie de Braille, exposées par Levitte, censeur à l'Institution Nationale des Jeunes Aveugles, à Paris, reproduise ce daguerréotype perdu.
Il en a la forme, l'effigie se détache du fond gris d'un ovale qui contraste avec l'entourage rectangulaire, à la manière d'un tableau. Le costume ajouté pour donner corps à l'image ne parvient pas à animer ce visage plein, à la bouche large, au nez fort, aux paupières baissées.

En 1887, un monument en hommage à Braille est élevé sur la place de Coupvray. Le sculpteur Etienne Leroux l'a couronné d'un buste copié sur celui de Jouffroy, si ce n'est qu'un drapé entoure ses épaules à la façon d'une toge. Le temps passant, Braille prend des allures d'empereur romain.

Il est surprenant que personne de son vivant n'ait songé à conserver mémoire de ses traits, car l'importance de son œuvre n'échappait pas à son entourage. Pierre-Armand Dufau, directeur de l'Institution, et Joseph Guadet, chef de l'enseignement, adressent en 1850 une pétition à Louis-Napoléon Bonaparte pour demander que Braille soit promu à l'ordre de la Légion d'honneur. Sans succès. Dommage, car on l'aurait portraituré, comme ses condisciples déjà décorés, Siou et Penjon, dont nous avons les photographies.

Cette absence d'image ajoute à la méconnaissance dont il est l'objet. Toutes ses représentations dérivent de portraits posthumes. Braille est entré les yeux fermés dans la postérité.



UN TÉMOIN

Alexandre-René Pignier, directeur de l'Institution de 1821 à 1840, a connu Braille de l'âge de douze ans jusqu'à sa mort. Il l'a toujours soutenu. Il a recueilli son dernier souffle.
« À son arrivée dans la maison, on put remarquer en lui une certaine gravité enfantine qui allait bien avec la finesse de ses traits et avec l'air spirituel et doux de sa figure. En grandissant, il conserva toujours et jusqu'à la fin la même expression de douceur bienveillante ; mais dans la conversation ses traits s'animaient plus souvent et prenaient quelquefois alors un air de vivacité toujours spirituel qui contrastait avec le calme habituel de sa figure. »

Cette évocation est tirée d'une petite brochure parue en 1859, Notices biographiques sur trois professeurs anciens élèves de l'Institution des Jeunes Aveugles de Paris, consacrée à Braille, Gauthier et Moulin. Pignier a soin de préciser qu'il a rédigé la notice concernant Braille immédiatement après sa mort.

L'Essai historique sur l'Institution des Jeunes Aveugles de Paris paru en 1860 est un ouvrage plus circonstancié. Retenons quelques phrases par lesquelles Pignier caractérise Braille :
« (...) ses sentiments ne se manifestaient point au dehors par de grandes démonstrations : il était opposé, par caractère, à tout ce qui aurait pu paraître exagéré. »
« En général, ses manières étaient polies, affables et engageantes ; son esprit était fin et agréable, sa conversation spirituelle, et ses paroles étaient toujours empreintes de douceur et de raison. »
« Il devait avoir conscience de ses talents, et cependant il fut toujours modeste. »



DANS L'INTIMITÉ

L'Institut national des jeunes aveugles conserve une correspondance de Braille adressée de Coupvray à Pignier. Dans une lettre datée du 11 octobre 1831, Braille raconte :
« (...) j'ai passé les vacances dans les vignes et sur les routes (...). On me fait des lectures, j'accorde des pianos, je joue aux cartes et aux échecs et je me porte bien. »

Louis Braille a vingt-deux ans, il a perdu son père le 31 mai. Avant de mourir Simon-René Braille fait écrire par son fils aîné une lettre au directeur pour lui recommander son plus jeune fils aveugle et le prier de ne l'abandonner jamais. Pignier considère ce testament moral comme un legs sacré.

En dépit du deuil récent, un sentiment de paix se dégage de ces propos. On imagine le jeune homme chez lui à la campagne, se promenant dans un environnement à la géographie douce et familière.
Il goûte les plaisirs simples de la vie, la convivialité.

Deux ans plus tard, le 22 octobre 1833, Braille écrit à Pignier :
« Pour moi je ne souffre pas autant que d'autres de notre infirmité. »
La confidence est précieuse. Il reconnaît se distinguer de ses camarades par ce poids moins lourd du handicap. Pour autant, la formulation signe un ressenti de solidarité, induit par ce même handicap. Si Pignier lui est un second père, ses condisciples sont ses frères en cécité.



ENFANCE

Braille est né dans une famille modeste, les Braille étaient bourreliers depuis plusieurs générations. Il est le dernier d'une fratrie de quatre enfants.
« À l'âge de trois ans, voulant imiter le travail de son père, il se blessa un œil avec une serpette ; par suite de cette blessure, il perdit entièrement la vue, et cette circonstance malheureuse devint plus tard la cause de ses succès. »
Pignier raconte ainsi l'accident survenu à l'enfant entreprenant, le mettant en perspective avec la destinée singulière de l'homme qu'il a accompagné tout au long de son existence. La violence de la blessure, puis de l'effacement progressif de la vue, ne brise pas l'essor de sa jeune intelligence. Braille fréquente l'école de son village. Ses capacités réclamant un cadre à sa mesure, ses parents demandent et obtiennent son admission à l'Institution royale des jeunes aveugles de Paris. L'enfant, à dix ans, quitte sa famille, ses amis, son village, sa maison natale, pour un lieu inconnu qui va devenir sa maison d'adoption.



L'INSTITUT SAINT-VICTOR

L'Institution royale des jeunes aveugles, quand Braille en devient pensionnaire le 15 février 1819, est logée au pied de la Montagne Sainte-Geneviève dans l'ancien séminaire Saint-Firmin, 68 rue Saint-Victor. Cet ensemble de bâtiments aujourd'hui disparu se situait à la hauteur des numéros 2, 4 et 4 bis de l'actuelle rue des Écoles. Prison jusqu'en 1815, avant d'abriter en 1816 les aveugles. Un lieu froid, humide, malcommode, insalubre. Le directeur en est le docteur Sébastien Guillié, un homme dur et orgueilleux. En 1821, Guillié est remplacé par Pignier. Ce changement de directorat est un bienfait pour l'école et pour Braille qui a douze ans.

Les méthodes d'enseignement, basées sur la pédagogie tactile, sont encore sensiblement les mêmes que celles préconisées en son temps par Valentin Haüy, fondateur en 1785 de la première école pour les aveugles. Ceux-ci étant une minorité, Haüy pensait qu'il leur fallait s'adapter aux méthodes du plus grand nombre. Leur écriture devait être la même que celle des voyants. Les ouvrages à leur usage présentaient des caractères agrandis mis en relief pour pouvoir être décryptés du bout du doigt en en suivant la ligne. Pour une meilleure réciprocité avec les voyants, Haüy préconisait d'encrer les caractères ainsi gaufrées sur le papier. On appelle ce principe le « relief linéaire noirci ». De là vient le terme, toujours en usage, de « noir » pour désigner l'écriture ordinaire, dite aussi « vulgaire » du latin « vulgum » qui désigne la foule. Les successeurs de Valentin Haüy adoptent le relief linéaire, mais abandonnent le principe de noircir les caractères.



UNE SCOLARITÉ EXEMPLAIRE

Revenons à Pignier et à l'ouvrage déjà cité :
« (...) il montrait des dispositions pour tout, mais particulièrement pour les sciences. Ses compositions littéraires ou scientifiques ne renfermaient que des pensées exactes ; elles se distinguaient par une grande netteté d'idées dans un style clair et correct. On y reconnaissait de l'imagination ; mais celle-ci était toujours dirigée par le jugement. »

La liste de prix que Braille remporte de 1820 à 1828 est impressionnante : grammaire française, tricot, géographie, arithmétique élémentaire, chaussons de lisière et de tresse, violoncelle, amplification, rhétorique, histoire, arithmétique, grammaire générale et logique, géométrie, algèbre, piano. L'énoncé, inventaire hétéroclite, nous renseigne sur l'éventail des matières enseignées.

Braille réussit tant dans les disciplines intellectuelles que manuelles. De surcroît il est bon musicien. Il étudie avec les professeurs aveugles de l'Institution, et auprès des professeurs du conservatoire
qui donnent des leçons gratuites aux élèves les plus doués.



BARBIER

Lorsqu'il prend la direction de l'Institution, Pignier juge l'état de l'enseignement proche du chaos. Le système linéaire permet certes la lecture, mais l'écriture est problématique. Impossible d'écrire rapidement, prendre des notes, les compléter, les corriger. C'est dans ces circonstances qu'entre en scène un personnage essentiel et mal connu.

Charles Barbier de La Serre est né le 18 mai 1767 à Valenciennes. Il fait ses études à l'École militaire de Brienne, en sort capitaine d'artillerie. Il quitte l'armée à la chute de la monarchie et part pour l'Amérique où il devient arpenteur, séjournant volontiers dans les tribus amérindiennes.
Revenu en France, il se consacre à des recherches personnelles sur les langues et la communication. Barbier est de ces idéologues qui rêvent d'une écriture universelle, une utopie ancienne dans l'histoire de l'humanité qui connaît un regain d'intérêt au XIXe siècle.

L'action de Barbier en faveur des aveugles découle de sa préoccupation philanthropique de faire accéder à l'écrit les délaissés de l'instruction.



L'ÉCRITURE POUR TOUS

Barbier imagine différents procédés pour communiquer rapidement. Il préconise d'écrire comme on prononce, les particularismes de l'orthographe étant une entrave à la rapidité et un obstacle à l'universalité. L'un de ces procédés est une écriture « ponctuée », c'est-à-dire faite de points saillants. Barbier distribue les trente-six sons de la langue française en un tableau de six lignes par six colonnes. Chaque son est codé par ses coordonnées, le chiffre de son abscisse et celui de son ordonnée. Chaque couple de chiffres est matérialisé sur le papier par des points répartis sur deux colonnes de six points chacune. Le nombre de points de la colonne de gauche indique l'abscisse; celui de la colonne de droite, l'ordonnée. Le comptage des points permet de décoder le son.

Pour tracer régulièrement les points, Barbier fait fabriquer des outils, réglette et tablette à écrire. Le principe est de repousser le papier avec un stylet dans six sillons ménagés dans un fond en bois, sur lequel se rabat une grille dont les ouvertures servent de repères.

Dès 1810, Barbier expérimente avec succès ce procédé auprès d'enfants de la paroisse Saint-Sulpice.
Les avantages de cette écriture sensible au toucher, qualifiée pour l'occasion de « nocturne », semblant évidents pour les aveugles, Barbier la teste dans les établissements qui leur sont consacrés, aux Quinze-Vingts et à l'Institution. Guillié est opposé à toute autre méthode que les siennes. En revanche Pignier y voit une opportunité d'améliorer les performances des élèves.



« PICOTAGES »

Dans un rapport daté du 19 mai 1821 Pignier note : « Il m'a été communiqué par M. Barbier un procédé d'écriture fort ingénieux à l'usage des aveugles au moyen duquel ils pourront correspondre entr'eux. Je me suis empressé d'essayer cette méthode, le temps nous apprendra quels avantages on en peut tirer. »

Le « Barbier » est introduit dès 1821 à l'Institution, à titre accessoire de l'instruction, c'est-à-dire pour prendre des notes. Braille a 12 ans. Il comprend d'emblée, et tous ses camarades avec lui, la supériorité tactile du point sur la ligne. L'Institution se transforme sous sa houlette en un atelier à l'activité effervescente. Pignier se souvient que Braille imagina son propre procédé en 1825, qu'il l'arrêta définitivement « après beaucoup d'essais et de méditations », et qu'il le communiqua ensuite à ses camarades : « afin de s'assurer, par l'usage et par la pratique des autres, de la bonté de sa méthode ».

Une fois encore, citons Pignier : « Braille qui était retenu une partie de la journée par ses classes, se livrait, sans distraction, le matin de bonne heure, aux essais relatifs à ses procédés, et quelquefois même pendant la nuit, lorsqu'il se réveillait. On le voyait emporter au dortoir papier, poinçon, réglette, instruments de travail, au milieu desquels il s'endormait. Il s'occupait aussi de ses recherches dans son pays pendant les vacances, et, lorsque les bons habitants de la campagne souriaient peut-être avec dédain en le voyant ainsi « picoter le papier » selon leur propre expression, ils ne se doutaient pas que de cette occupation, qui leur paraissait puérile, il sortirait une invention si utile pour les aveugles et si honorable pour son auteur, qui deviendrait par là comme une illustration de son village. »



SIX POINTS, C'EST TOUT

Quatre années d'expérimentation ont donc permis au jeune garçon, entre l'âge de douze et de seize ans, de concevoir les deux modifications majeures qui ont transformé l'écriture nocturne en un outil parfait pour les aveugles.

Le procédé d'écriture de Barbier implique une « cellule » - unité de base à partir de laquelle obtenir tous les caractères - de 2 colonnes de 6 points et d'environ 22 mm de haut, ce qui contraint le doigt à opérer un balayage le long des colonnes.
Braille réduit de moitié la hauteur des signes. Il définit une cellule de 2 colonnes de 3 points et d'environ 7 mm de haut. Sa dimension est parfaitement adaptée à la taille du bout du doigt. La lecture devient globale, elle gagne en rapidité.

Modification plus fondamentale, Braille est mû par un souci d'excellence, il veut transmettre sa culture.
S'il conçoit aussi une sténographie, il tient au respect de l'orthographe et des propriétés de la langue.

Son procédé permet de représenter tous les caractères : lettres, ponctuations, chiffres, signes algébriques et musicaux. Il s'applique à toutes les disciplines scolaires dont il est en charge, dont la musique, d'autant plus importante à cette époque qu'elle offre des débouchés professionnels aux aveugles. Les outils pour tracer cette écriture sont de même type que ceux inventés par Barbier, si ce n'est que les ouvertures des grilles dans lesquelles inscrire les signes sont plus petites pour s'adapter à la taille réduite de la cellule.



LE PROCÉDÉ

L'œuvre de Braille est publiée dans un ouvrage imprimé en relief linéaire, hormis les tableaux du braille dont c'est la première apparition. L'auteur en a dicté le texte à Pignier : Procédé pour écrire les Paroles, la Musique et le Plain-chant au moyen de points, à l'usage des Aveugles et disposés pour eux, par L. Braille, Répétiteur à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. Paris. 1829.

Aux points se mêlent encore quelques traits, reliquat du linéaire. Ce livre fut présenté à l'exposition publique des produits de l'industrie française en 1834.

Huit ans plus tard paraît la seconde édition, Procédé pour écrire les Paroles, la Musique et le Plain-chant. Par L. Braille, Répétiteur à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. Seconde édition, Revue, corrigée et augmentée. Paris. Imprimerie de l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. An 1837. Braille a supprimé les traits, pour ne conserver que les points, mieux adaptés à la psychologie tactile. Il a alors vingt-huit ans.

Les premiers symptômes de la tuberculose probablement contractée dans les locaux du vieil Institut Saint-Victor se sont déclarés deux ans auparavant, en 1835.



CARRIÈRE

Braille, d'élève, est devenu enseignant au sein de l'Institution qui l'a accueilli. Il est d'abord contremaître de l'atelier de chaussons de lisière et de tresse à l'âge de quatorze ans, les enfants à leur entrée étant exercés à cette activité pour donner de l'adresse à leurs doigts. Puis à dix-neuf ans il est nommé répétiteur pour l'enseignement de la grammaire, l'histoire, la géographie, l'arithmétique, l'algèbre, le piano et le violoncelle. Selon le règlement de l'Institution à cette date, les enseignants portaient le titre de répétiteur, assorti de maigres avantages. Leur situation s'améliore en 1833 quand leur est concédé le titre de professeur.

Braille enseigne aux aveugles et aux quelques élèves voyants formés pour seconder les aveugles. Pignier dit qu'il savait se faire aimer et que ses cours étaient appréciés.

Outre les deux éditions du Procédé, Braille écrit des manuels dont les ouvrages suivants, qui concernent tous deux l'enseignement de l'arithmétique :
Petit mémento d'Arithmétique À l'usage des commençants, contenant les nombres entiers et les fractions décimales, suivi de cent problèmes. Par L. Braille, Répétiteur à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. Paris. Imprimerie de l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. An 1838.
Éléments d'Arithmétique, Contenant les entiers et les fractions, suivis d'un appendice sur l'extraction de la racine carrée. Par L. Braille, Répétiteur à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. Paris. Imprimerie de l'Institution Royale des Jeunes Aveugles. 1840.

Le Petit mémento fut présenté à l'exposition publique des produits de l'industrie française en 1839.



LA FORME DES LETTRES

Le « Procédé » est à l'usage des aveugles et d'eux seuls, le reproche en a souvent été formulé par les voyants. Aussi Braille utilise les points, dont il est convaincu de la supériorité sur le trait, pour reproduire l'écriture des voyants et correspondre avec eux de manière autonome.

Il imagine un « Nouveau procédé » qui permette de représenter le contour des caractères - lettres majuscules et minuscules, signes de ponctuation et chiffres - par une suite de points disposés non pas arbitrairement, mais dans un ordre constant et d'après des calculs rigoureux. Les caractères pouvant avoir au maximum dix points en hauteur, on appelle l'écriture ainsi obtenue « décapoint », elle se pratique avec une tablette, une grille et un stylet.

En 1839, parut une petite brochure imprimée en noir relative à cette méthode : Nouveau procédé pour représenter par des points la forme même des lettres, les cartes de géographie, les figures de géométrie, les caractères de musique, etc., à l'usage des aveugles ; Par Louis Braille, Répétiteur à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles de Paris. Paris, se vend à l'Institution Royale, rue Saint-Victor, 68. 1839.



PREMIÈRE MACHINE À ÉCRIRE

En 1841, un ami de Braille, Pierre-François-Victor Foucault, aveugle d'enfance comme lui et excellent mécanicien, lui propose de mécaniser son nouveau procédé grâce à une « planche à pistons ».
Il s'agit de produire plus rapidement cette écriture en relief, les pistons actionnant des poinçons.

Puis le relief est abandonné, les pistons actionnent non plus des poinçons mais des aiguilles qui au travers d'un papier carboné déposent des points d'encre sur le papier. L'appareil devient la première machine à écrire en noir à l'usage des aveugles, appelée raphigraphe, terme formé à partir de deux mots grecs, « raphis » signifiant aiguille et « graphein », écrire.

Le décapoint et l'écriture raphigraphiée furent longtemps en usage comme en témoignent les éditions successives des manuels en expliquant le principe.

Catalogue chiffré de la figure ordinaire des lettres. Suivant le nouveau procédé d'Écriture à l'usage des Aveugles par L. Braille, Professeur à l'Institution Royale des Jeunes Aveugles de Paris. Il s'agit d'un ouvrage imprimé en 1843 en relief linéaire.

Tableau chiffré destiné à faire écrire les Aveugles avec les lettres ordinaires par L.Braille, Professeur à l'Institution des Jeunes Aveugles. Précédé d'une introduction sur la manière d'écrire au moyen de ce tableau avec la machine de M. Foucault, membre des Quinze-Vingts. C'est un ouvrage imprimé en 1848 en caractères Dufau, un linéaire d'un dessin simplifié. Tableau chiffré destiné à faire écrire les aveugles avec les lettres ordinaires par l.braille professeur à l'institution imp. des jeunes aveugles paris imprimerie de l'institution imp. des jeunes aveugles procédé l.braille. Cet ouvrage est imprimé en braille en 1868 (notons l'absence de majuscules et de signes de ponctuation).



D'UNE ÉCRITURE L'AUTRE

Le Musée Valentin Haüy conserve un exceptionnel feuillet qui témoigne des enjeux de ces différentes écritures. L'essentiel en est écrit en décapoint :
« le beau jeudi est passé, nous sommes à l'institution et vous à versailles, la distance est grande mais au temps présent il n'est pas possible à vos amis de la rue s. victor de venir au bosquet d'apollon pour se promener dans le »... La suite et fin est en braille :« bassin à pied sec comme le 5 juin 1839 ». Notons ici encore l'absence de majuscules.

Une date, précise, et pas de signature.
Pourtant, à n'en pas douter, le scripteur est Braille. Quant au destinataire, qui d'autre que Barbier ?
En 1839, Braille a trente ans et Barbier soixante-douze. Cela fait dix-huit ans qu'ils se connaissent.
Pierre Henri décrit un Barbier rigide et condescendant envers le jeune aveugle. Pourtant, ce feuillet dit autre chose de leurs relations. En ce mois de juin, les aveugles peuvent se réjouir. Le samedi 22 sera posée la première pierre d'une nouvelle école boulevard des Invalides. En attendant d'y emménager, en octobre 1843, une sortie comme celle-ci est la bienvenue. Imaginons le voyage des élèves de la vieille école jusqu'au Château de Versailles, leur promenade dans le parc, tout cela communiqué au moyen d'une écriture lisible par les voyants. Puis la chute, racontée sur un autre mode, au moyen de ce procédé à l'usage des aveugles et d'eux seuls que Braille a inventé grâce à Barbier, relatant cet événement de peu - une aubaine : le Bassin d'Apollon sans eau - qui nous donne à voir l'image inattendue de ce groupe de jeunes gens heureux d'y vaguer librement, et peut-être même d'y toucher les sculptures d'habitude inaccessibles. Par le parti pris de communiquer ce passage transgressif au moyen du braille auquel les voyants reprochent d'être une langue secrète, Braille inclut dans la communauté des aveugles celui à qui il doit le principe de son procédé. Il fait de ce voyant, Barbier, son complice et un alter ego.



FIN DE BRAILLE

Le génie de Braille fut précoce. Dès la première édition de son procédé, en 1829, l'essentiel de son œuvre est accompli. Il a vingt ans. Les dix-sept années vécues avec la maladie ne l'empêchent pas de mener ses activités professionnelles et ses recherches, les deux se rejoignant dans la même préoccupation du bien des aveugles. Braille est aussi organiste. Il tient le buffet de l'église Saint-Nicolas-des-Champs, rue Saint-Martin, de 1834 à 1839, puis, à partir de 1843, celui de la chapelle de la maison mère des Missionnaires Lazaristes rue de Sèvres, non loin de l'Institution. Quand, malade, il ne peut plus se déplacer, les frères Lazaristes viennent le visiter.

L'avancée de son mal le contraint pourtant à réduire peu à peu son activité. Appelons encore le témoignage de Pignier : « (...) il fut obligé d'aller plus souvent respirer l'air natal auprès de sa famille ou de chercher des distractions dans les voyages ; il dut souvent aussi interrompre ses classes, qui le fatiguaient, et, vers la fin même, il ne donnait presque plus que des leçons de musique. »
C'est à l'Institution qu'il demeure jusqu'au bout. Il s'alite au début du mois de décembre 1851. Braille était très croyant. Le matin du dimanche 6 janvier 1852, jour de l'Épiphanie, il demande qu'on lui rappelle le sens symbolique des présents des rois mages, l'or, l'encens et la myrrhe. Il meurt à 19 h 30 entouré de ses amis.



DESTIN DU BRAILLE

Le nom commun « braille » fait son apparition en 1927 dans le dictionnaire de la langue française. Auparavant, on désigne l'invention de Braille par les termes de « procédé en points saillants de L. Braille », puis d'« anaglyptographie ». Quel que soit le mot, le procédé s'est imposé peu à peu.
Trois mois après la mort de Braille, Dufau réorganise l'imprimerie de l'Institution de Paris pour l'impression d'ouvrages en braille.

L'Asile des aveugles de Lausanne fait figure d'école pionnière, le braille y apparaît dès 1852.

À Vienne le braille est introduit en 1867 sous le directorat de Pablasek qui préconise néanmoins d'apprendre simultanément le « romain », une variété de linéaire utilisant les lettres capitales.

En Angleterre, les écoles utilisent au moins quatre systèmes de relief linéaire, Moon, Fry, Alston et Gall, et deux systèmes sténographiques, Lucas et Frere.

Le Docteur Armitage, fondateur de la British and Foreign Blind Association for promoting the Education of the Blind (ancêtre du Royal National Institute of the Blind), crée un comité qui se prononce en 1870 pour le braille, réservant encore une forme modifiée du Moon pour les imprimés, jusqu'à ce que le braille s'impose aussi pour l'impression.

Le premier Congrès des instituteurs d'aveugles de Leipzig en 1873 révèle une certaine confusion. Les pays de langue germanique hésitent. Le fondateur de l'Institution des aveugles de Vienne, Klein, et celui de l'école de Breslau, Knie, ne sont pas favorables à sa généralisation, censée séparer les aveugles des voyants. À Leipzig, on imagine une adaptation particulière du braille à l'allemand.
Au deuxième Congrès des instituteurs d'aveugles de Dresde en 1876, la confusion persiste. En Allemagne, quatorze écoles se déclarent favorables au braille adapté à l'allemand, onze pour le braille original.

Un tournant décisif est pris en 1878 au Congrès pour l'amélioration du sort des aveugles et des sourds-muets de Paris, auquel étaient représentés l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, la France, la Hollande, l'Italie, la Suède, la Suisse, avec l'adoption à une forte majorité du système braille original.
Lors du troisième Congrès des instituteurs d'aveugles de Berlin en 1879, l'Allemagne renonce à tous les systèmes autres que le braille.

La situation des écoles des États-Unis d'Amérique est tout aussi complexe. À Saint-Louis, on utilise le braille et le romain. À Philadelphie, le braille, le Moon et le romain. À Boston, le romain et le « braille américain », qui utilise le moins de points possible pour les lettres les plus fréquentes. Ailleurs, le romain et le New-York Point (ou Wait System). Quand, en 1917, les États-Unis d'Amérique adoptent unanimement le système braille français son usage se généralise au monde entier.



LA CLAIRVOYANCE DE BRAILLE

Laissons le mot de la fin à Joseph Guadet qui en 1853, dans Mémoire sur l'État de l'Éducation et de l'Enseignement dans l'Institution adressé à Monsieur Dufau, Directeur, s'exprime ainsi:
« C'est à Louis Braille, professeur aveugle, que l'institution doit l'invention de l'Écriture en points saillants, au moyen de laquelle un aveugle peut tracer rapidement sa pensée d'une manière claire et précise. Jamais, je ne crains pas de le dire, un clairvoyant n'eût inventé cette écriture, car elle est très défavorable à l'œil qui ne la lira jamais aussi vite que le doigt. Elle a été trouvée avec le doigt et non avec l'œil, en vue du doigt et non de l'œil ; le clairvoyant l'eût repoussée parce qu'elle ne l'eût pas satisfait, l'aveugle l'adopte avec bonheur parce qu'elle est adaptée à sa nature. »

Exposition Louis Braille, sa vie, son œuvre
Cette exposition, en accompagnement des activités liées au congrès, s'inscrit dans un parcours culturel autour de Louis Braille. Elle est organisée conjointement par le Musée de la Maison natale Louis Braille de Coupvray, le musée de l'Institut National des Jeunes Aveugles et le musée de l'Association Valentin Haüy. Les pièces proviennent de ces 3 institutions.


L'Institut National des Jeunes Aveugles et l'Association Valentin Haüy proposent une exposition permettant de partir sur les traces de cet inventeur de génie...

Renseignements pratiques
L'exposition aura lieu à l'INJA, cour Sèvres, 56 boulevard des Invalides, 75007 Paris
Ouverture vendredi 9 et samedi 10 janvier 2009 de 10 h à 13 h et de 14 h à 17 h.
Puis, du lundi 12 au vendredi 23 janvier, tous les jours - sauf samedi et dimanche - de 10 h à 13 h et de 14 h à 17 h. L'exposition sera ensuite proposée du lundi 2 février au dimanche 28 juin au Musée de la Maison natale Louis Braille de Coupvray.

Pour en savoir plus :
Noëlle Roy
Conservatrice du Musée Valentin Haüy
Tél. : 01 44 49 27 27 poste 22 30
museevalentinhauy@avh.asso.fr
Page internet du Musée Valentin Haüy