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Les aveugles font leur cinéma !

Publié le

Le tournage du téléfilm "Les yeux ouverts" a démarré à Lille. L’association Valentin Haüy a eu le plaisir d’accompagner les comédiens dans cette aventure, et de les suivre durant l’apprentissage qu’ils ont suivi pour incarner leur personnage. En exclusivité, ils nous ont invités à assister à une journée de tournage au côté de l’équipe du film.


L’occasion de voir les 3 comédiens Clémentine Célarié, Antoine Dulery et Yannick Soulier entrer dans la peau de leur personnage d’aveugle.


Pour eux, la participation à ce film restera une expérience inoubliable. Une histoire touchante qui plonge le téléspectateur dans le quotidien d’un couple d’aveugles.


Yannick Soulier joue le personnage d’Alex, un contrebassiste aveugle. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur cette expérience.




association Valentin Haüy : Qu’est ce qui vous a attiré dans ce film ? Est-ce que le fait de jouer un personnage aveugle vous a poussé à vivre cette expérience ?


Yannick Soulier : Quand Lorraine Lévy, la réalisatrice et co-scénariste du film, m’a proposé ce personnage, j’ai tout de suite accepté avant même de lire le scénario. Elle m’a présenté le personnage comme un homme joyeux et drôle. Et ce désir de montrer une personne aveugle qui vit avec optimisme et qui assume totalement son handicap m’a plu aussitôt. Lorraine est une personne humainement exceptionnelle, c’est quelqu’un qui me touche beaucoup et je savais que ce personnage serait intéressant et juste. Un personnage comme celui-là, on a rarement l’occasion d’en jouer et je ne voulais surtout pas rater cette occasion.




association Valentin Haüy : Est-ce la première fois que vous entrez dans la peau d’un personnage qui nécessite une telle préparation ?


Yannick Soulier : C’est un rôle très particulier car il s’agit de jouer une personne qui est aveugle, mais qui en plus est contrebassiste de jazz, deux univers qui m’étaient totalement inconnus avant ce tournage. Pour moi le challenge est vraiment intéressant car il dépasse la simple spécificité technique. J’ai souvent été habitué à jouer des personnages qui ont induit une longue préparation physique, mais ici c’est très différent. On doit associer à la préparation physique un handicap, c’est-à-dire un rapport à la vie totalement différent du mien. C’est un rôle qui implique nécessairement de se positionner dans la tête de quelqu’un qui a un handicap visuel, et en même temps de sortir de tout ce que l’on peut avoir comme idées préconçues de ce handicap. Cela oblige à se positionner humainement autrement, et c’est ce qui est particulièrement intéressant.Le rapport à la musique est également totalement lié au rapport à la cécité.




association Valentin Haüy : Justement, quel est pour vous le rapport à la musique d’une personne déficiente visuelle ?


Yannick Soulier : Je pense que la cécité doit vraiment changer la perspective que l’on a de la vie au niveau du son en général et de l’approche musicale en particulier. Le son intervient de façon beaucoup plus intense à tout moment. Je pense notamment aux séances d’apprentissage du déplacement à l’aveugle que j’ai faites avec Corinne et Marie du service de locomotion du SAVS-DV de votre association et qui ont totalement modifié ma perception du son.




association Valentin Haüy : Quelles sont vos premières impressions ?


Yannick Soulier : La préparation de ce rôle m’a amené à me poser de nombreuses questions. J’ai rencontré plusieurs aveugles pour connaître et appréhender leur vision des choses et le témoignage de Philippe en particulier m’a beaucoup touché. Devenu aveugle à l’âge de 30 ans, il m’a dit que la cécité l’avait ouvert au monde d’une autre manière et lui avait fait découvrir des choses de manière extrême. J’ai senti, de ce qu’il m’a dit, que sa cécité l’avait construit. C’était assez troublant de voir à quel point il semblait avoir vécu un enrichissement basé sur la perte de sa vue. Après ces rencontres, je voyais la cécité autrement.




association Valentin Haüy : Qu’est-ce que cela vous a apporté ?


Yannick Soulier : C’est une expérience sensationnelle. Tous les capteurs, qu’ils soient auditifs, olfactifs, sensoriels, sur la peau au niveau du vent, du soleil, etc., ce que vous appelez le phénomène de masse, c’est-à-dire le fait de se situer corporellement dans l’espace, sentir les obstacles… tous ces capteurs s’ouvrent tout à coup. On devient beaucoup plus conscient de ses pieds et aussi de la texture du sol.


Et en même temps, cela oblige à une absolue confiance, une mise à disposition de son propre corps à la personne qui nous guide. Et en cela il y a vraiment un gain humain à vivre une telle expérience. On en ressort presque bonifié, en tous les cas plus à l’écoute et plus en lien avec les autres.




association Valentin Haüy : Est-ce qu’aujourd’hui votreregard sur ce handicap visuel a changé ?


Yannick Soulier : Je pense que je ne regarderai plus jamais un aveugle de la même manière. Je pense que je suis comme tout le monde, le handicap me fait peur. Ce n’est pas vraiment la personne qui effraye mais l’inconnu et parfois la peur de mal faire et l’incertitude d’être capable de gérer la situation. Alors on passe souvent à côté d’un aveugle sans y prêter attention, ou à l’inverse on se sent devenir importun à trop vouloir les aider. Aujourd’hui je comprends mieux leur ressenti et j’ai compris qu’il fallait savoir se montrer disponible mais ne pas s’imposer.


Et puis ce sont aussi des gens très forts, très actifs. Certes dans la société de plus en plus violente dans laquelle nous vivons, ils sont socialement plus vulnérables. Mais ils sont admirables de puissance de vie. Je suis épaté par leurs capacités à vivre et entreprendre autant de choses. Et dans une société où l’on passe son temps à se plaindre pour des broutilles, cela m’a fait réfléchir. J’espère que ce film permettra de faire évoluer le regard des téléspectateurs sur ce handicap.




association Valentin Haüy : Merci Yannick pour cet entretien et à bientôt sur France 2 pour la diffusion du film.



Synopsis :

Ce film plongera le spectateur dans la vie d’un couple de déficients visuels, François, mathématicien de renom travaillant à l’Observatoire de Lille et, Anne, concertiste de jazz, en les suivant dans leur quotidien familial (avec leurs deux enfants voyants) et dans leur vie professionnelle.


Ils se retrouveront face à un choix difficile lorsque François apprend qu’un nouveau mode opératoire pourrait lui permettre de retrouver la vue, ce qui va entraîner des complications dans sa vie de famille et principalement dans son couple.