Notices biographiques


La grande aventure que fut l’apparition et la diffusion dans le monde entier du langage écrit pour les personnes aveugles a été menée, à des titres divers, par 4 Français, dont les 2 premiers, Valentin Haüy et Nicolas Barbier de La Serre, nés au siècle des Lumières et tous deux voyants, ont été les précurseurs de ce qui devait être, au tout début du 19ème siècle, la géniale invention par Louis Braille, jeune aveugle alors âgé de 16 ans, de l’alphabet en points saillants. Le 4ème protagoniste de cette fascinante aventure fut Maurice de La Sizeranne, aveugle lui aussi, qui œuvra sans relâche pour le perfectionnement du code braille et sa diffusion en France et à travers l’Europe



Valentin Haüy (1745-1822)
Premier instituteur des aveugles

Nicolas Marie Charles Barbier de La Serre (1767-1841)
Précurseur du braille

Louis Braille (1809-1852)
Un inventeur de génie

Maurice de La Sizeranne (1857-1924)
Fondateur de l'association Valentin Haüy




Valentin Haüy (1745-1822)


Premier instituteur des aveugles

Valentin Haüy (prononcer A-U-I) naquit le 13 novembre 1745 à Saint-Just-en-Chaussée, petit bourg du sud de la Picardie, dans une famille de tisserands aisés. Il fit des études classiques à Paris, où il acquit la pratique du latin, du grec, de l’hébreu, et d’une dizaine de langues vivantes. Ses contemporains s'apitoyaient volontiers sur les malheurs de l'humanité : Jean-Jacques Rousseau mettait la sensibilité à la mode et Diderot attirait l'attention du grand public et des lettrés en publiant sa "Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient". Valentin Haüy était un homme de son temps : il s’intéressa d’abord aux sourds-muets et à l’œuvre de l’abbé de l’Epée qui commençait à obtenir des résultats encourageants dans l’école qu’il venait de fonder. Il se pencha sur le sort des aveugles à la suite d’un choc émotionnel ressenti lors d’un triste spectacle qui mettait en scène dix aveugles mendiant à la foire Saint-Ovide (1771). Valentin Haüy décida alors de fonder une école pour les aveugles à l’image de celle de l’abbé de l’Epée pour les sourds-muets.

Tout d’abord il imagina de gaufrer les lettres de l'alphabet ordinaire pour les rendre sensibles au toucher et fit réaliser des caractères agrandis, en relief et mobiles, sur papier cartonné. En 1784, il entreprit avec succès d’instruire un jeune homme aveugle et proposa un « plan d’éducation à l’usage des aveugles » à la Société Philanthropique, créée en 1780, qui patronnait douze enfants aveugles. En 1785, celle-ci lui en confia l’instruction : « L’institution des Enfants Aveugles » était née.

Valentin Haüy, « premier instituteur des aveugles », restera jusqu’en février 1802 à la tête de son école, nationalisée en 1791 par l’Assemblée constituante, puis rattachée en 1800 à l’hospice des Quinze-Vingts. L’école reprendra son autonomie sous la Restauration, en 1815, sous le nom d’Institution Royale des Jeunes Aveugles, avant de devenir l’Institut National des Jeunes Aveugles (INJA).

Poursuivant sa vocation d’instituteur des aveugles, Valentin Haüy créa à Paris, en 1803, une école privée pour aveugles, « le Musée des Aveugles ».

Sa réputation ayant franchi les frontières, Alexandre 1er, Tsar de Russie, lui fit savoir qu’il souhaitait sa venue à Saint-Pétersbourg pour y créer une institution pour jeunes aveugles. Valentin Haüy s’y rendra en 1806 et y restera onze ans à la tête de l’école qu’il y avait créée.

Rentré à Paris en 1817, il y mourut le 19 mars 1822, à l’âge de 77 ans.




Nicolas Marie Charles Barbier de La Serre (1767-1841)

Précurseur du braille

Nicolas Marie Charles Barbier de La Serre est né à Valenciennes le 18 mai 1767. Son père, contrôleur des Fermes du roi, le fait admettre en 1782 dans une école militaire, dont il sort officier d’artillerie. Quand la Révolution éclate, il émigre en Amérique où il exerce le métier d’arpenteur.

Revenu en France, il se passionne pour les questions d’écriture rapide et secrète. En 1808, il publie un « Tableau d’expédiographie » et, l’année suivante, « Les principes d’expéditive française pour écrire aussi vite que la parole ». Dans ce traité de 1809, il n’est nullement question d’aveugles, mais de la façon de tracer au canif une écriture simple, lisible dans le noir et déchiffrable à l’aide des doigts, utilisable par conséquent par les officiers en campagne désireux de rédiger ou de lire, dans l’obscurité, des messages codés. Ce système fut appelé « écriture nocturne » et connut différentes variantes.

Ce n’est qu’en 1819 que Charles Barbier de La Serre, lors d’une exposition de ses techniques (et d’une machine qu’il a conçue) au Musée des Produits de l’Industrie, à Paris, s’avise des avantages que les aveugles pourraient tirer de son système. Ceux-ci en effet à cette époque apprennent à lire avec la méthode mise au point en 1784 par Valentin Haüy : des caractères ordinaires simplement agrandis et en relief, et ne peuvent écrire qu’en composant à la façon d’un typographe. Il conçoit alors un nouveau système à l’usage des aveugles qu’il présente en 1821 au directeur de l’Institution Royale des Jeunes Aveugles. Ce système est adopté par l’Institution et soulève dans un premier temps l’enthousiasme des étudiants, en particulier de Louis Braille alors âgé de 12 ans. Cependant le système proposé par Charles Barbier de La Serre, certes plus adapté aux aveugles que le système « Valentin Haüy », comporte néanmoins d’importants défauts : il ne permet qu’une écriture phonétique, ne prend en compte ni la grammaire, ni la ponctuation, ni les chiffres, et demeure relativemment complexe, basée sur un comptage de points et non sur l’idée qu’un ensemble de points peut former une image « lisible » au toucher.

Charles Barbier de La Serre ne souhaitera pas faire évoluer sa méthode, selon les suggestions des élèves de l’Institution et en particulier de Louis Braille. Il s’intéressera plus tard aux sourds muets, puis aux enfants des écoles maternelles.

Il meurt le 29 avril 1841.




Louis Braille (1809-1852)


Un inventeur de génie

Louis Braille est né le 4 janvier 1809 dans la commune de Coupvray (Seine et Marne), à une quarantaine de kilomètres de Paris.
Son père est bourrelier. A l’âge de 3 ans, il se blesse gravement à un œil en jouant dans l’échoppe de son père, et perd la vue progressivement.
Malgré son handicap, il suit les cours de l’école primaire de son village où il se distingue par son intelligence et sa mémoire remarquable. Ses parents décident de l’inscrire à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles, à Paris. Il y entre le 15 février 1819, alors tout juste âgé de 10 ans. A l’époque, l’Institution Royale occupe un bâtiment, aujourd’hui disparu, situé dans le 5ème arrondissement de Paris, à l’angle de la rue des Ecoles et de la rue du Cardinal Lemoine. Les locaux sont exigus, humides, insuffisamment chauffés, insalubres : certains attribuent au séjour dans ces lieux la responsabilité de la tuberculose qui devait emporter Louis Braille.

En 1821, lorsque Charles Barbier de La Serre présente au directeur de l’Institution Royale des Jeunes Aveugles son système « d’écriture nocturne » destiné à l’origine à être utilisé dans l’obscurité par l’armée, puis « adapté » par son inventeur à l’usage des aveugles, Louis Braille , qui n’a que 12 ans, s’en empare. Il constate les défauts présentés par ce système, pourtant révolutionnaire si on le compare à l’ancienne méthode de gaufrage des caractères ordinaires utilisée depuis 1784 par Valentin Haüy. En effet le système « Barbier » repose sur un comptage de points, il est phonétique, ne comporte ni grammaire, ni ponctuation et n’autorise pas l’écriture des mathématiques ou de la musique. Louis Braille est un élève studieux pendant la journée. C’est donc la nuit, et pendant ses vacances d’été à Coupvray, qu’il se consacre à ses recherches et à ses expérimentations.

Dès la fin de 1824, alors qu’il n’a pas seize ans, il met au point son propre système alphabétique.
En 1828, nommé professeur à 19 ans, il prend en charge des classes d’enseignement général et de musique pour des enfants voyants et aveugles.
Il rédige un « procédé pour écrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points à l’usage des aveugles et disposés pour eux », qui paraît en 1829. Le « système braille » était né. Son élaboration définitive, telle qu’on l’utilise depuis plus de cent soixante dix ans, date de 1837, année où Louis Braille publie la deuxième édition de son ouvrage.

Malade dès l’âge de 26 ans, il ressent les premiers accès de la tuberculose qui devait l’emporter. En 1840, il ne donne plus que des leçons de musique.

Il meurt le 6 janvier 1852 dans le bâtiment actuel de l’Institut National des Jeunes Aveugles, boulevard des Invalides à Paris et est enterré à Coupvray.
Ses cendres reposent au Panthéon depuis 1952.



A l’occasion de l’exposition dédiée à Louis Braille du 8 au 23 janvier 2009 à l'INJA, retrouvez une approche inédite de sa biographie :




Maurice de La Sizeranne (1857-1924)


Fondateur de l'association Valentin Haüy

Louis Maurice Monier de La Sizeranne est né à Tain, petite ville de la Drôme située sur la rive gauche du Rhône, le 30 juillet 1857.
Il a neuf ans lorsqu'il perd la vue dans un accident de jeu.
Elève à l'Institut National des Jeunes Aveugles, il s’y distingue par ses aptitudes musicales et y est nommé professeur de musique en 1878.
C’est aussi en 1878 que se tient à Paris un important Congrès Universel pour l’Amélioration du sort des aveugles et des sourds muets. Celle-ci reconnaît la suprématie de l’écriture braille du français et pose la question de l’unification de la pratique du braille abrégé. Passionné par ce problème, Maurice de La Sizeranne travaille à la conception d’une nouvelle méthode abréviative de l’écriture braille. En 1880, il renonce à toute activité professionnelle pour se consacrer à son œuvre : l’abrégé orthographique français est publié deux ans plus tard.

Décidé à se consacrer entièrement à la cause des aveugles, il constate que, malgré les indéniables progrès réalisés dans l’éducation des jeunes aveugles depuis un siècle, ceux-ci se trouvent, à la sortie de l’école, abandonnés à eux-mêmes et privés de toute information qui leur permettrait de s’insérer dans le monde du travail.
Dès lors, il prend un certain nombre d'initiatives pour remédier à cet état de fait. Tout d’abord il crée trois périodiques : « Le Louis Braille » et « Le Valentin Haüy » en 1883, « La revue braille » en 1884. Puis il crée en 1886 une bibliothèque braille, constituée d’abord de sa bibliothèque personnelle, et qui sera complétée par une bibliothèque braille musicale. Il réunit périodiquement chez lui diverses personnalités susceptibles de s’intéresser au sort des aveugles : professeurs de l’INJA, inventeurs d’appareils et de systèmes, directeurs des écoles de province ou d’institutions étrangères… C’est au cours de l’une de ces réunions que furent jetées les bases de cette œuvre qui allait devenir l’association Valentin Haüy. Le 28 janvier 1889, il fonde l'association Valentin Haüy. L’Association sera reconnue d'utilité publique le 1er décembre 1891.

Grâce à son dévouement inlassable, à son sens de l'organisation, à de multiples réalisations dans les domaines de l'action culturelle et de l'action sociale, en 28 ans de mandat effectif comme Secrétaire Général de l’association Valentin Haüy, Maurice de La Sizeranne réalisera une oeuvre dont la renommée dans le monde des aveugles s’étendra au-delà des frontières. A la suite d’une congestion cérébrale, il abandonne son poste en 1917 et se retire dans sa province natale. Partiellement rétabli, il continue à suivre l’évolution de l’Association jusqu’à sa mort, le 13 janvier 1924.