Accessibilité de la voirie et des espaces publics : Caen les élus ouvrent les yeux

Ils sont le regard, la voix et le soutien des personnes déficientes visuelles à Caen. L’AVH Caen, À vue de truffe et Clin d’œil sont trois associations aux missions complémentaires : l'autonomie, l'éducation des chiens-guides et l'accès à la culture. Si leurs actions diffèrent, leur cri d'alarme est unique : l’accessibilité de la voirie et des espaces publics caennais doit être revue de toute urgence.

Un constat sans appel : la rue est devenue un obstacle

Pour un usager déficient visuel (DV), arpenter les rues de Caen ressemble trop souvent à un parcours du combattant. L'insécurité permanente génère une anxiété telle que beaucoup renoncent à sortir seuls. Ce retrait forcé nourrit un isolement social délétère: quand la ville se ferme, la vie s'arrête.

Accessibilité de la voirie et des espaces publics : 21 ans de rendez-vous manqués

Depuis la loi handicap de 2005, des strates d'aménagements successifs ont créé l'accessibilité d'aujourd'hui, au gré des équipes municipales. Mais, deux décennies plus tard, les anomalies pullulent :

  • Matériel défectueux : Bandes d’Éveil de Vigilance (BEV) lisses et glissantes, clous podotactiles arrachés, feux sonores muets…
  • Incohérences de balisage : des pistes cyclables partagées sans délimitation tactile claire, créant des zones de conflit dangereuses avec les vélos et trottinettes.
  • Contrastes invisibles : lorsque les installations ont été prévues, malheureusement, la norme des 70% de contraste est rarement respectée, privant les malvoyants de leurs derniers repères visuels.
  • Installations non conformes : des panneaux de signalisation fixés à moins de 2,20 m de hauteur (véritables pièges à hauteur de visage) ou des blocs de béton "anti-stationnement" indétectables à la canne.

Tout cela sans compter les incivilités : entre les voitures ventouses sur les trottoirs, les terrasses qui débordent et les poubelles qui jonchent les rues, le cheminement piéton devient un labyrinthe imprévisible. Lorsque l'aménagement urbain respecte bien la règle du mètre quarante de passage libre, les libertés prises par les commerçants ou certains usagers réduisent notre espace vital.

En décembre dernier, France 3 Normandie nous avait accompagnés pour mettre le problème en lumière.

"Vis ma vie" : une immersion pour révéler les difficultés d’accessibilité

Deux premières réunions tenues en mairie en fin d'année ont ouvert un dialogue constructif et laissé entrevoir une réelle volonté de changement. Pour que ces premiers échanges positifs ne se perdent pas dans les méandres administratifs, nous avons voulu marquer les esprits, car le passage de la réflexion aux engagements fermes restait l'étape à laquelle nous tenions le plus.

Nous avons ainsi convié M. Aristide Olivier, maire de Caen, M. Ludwig Wuillaume, adjoint chargé de l'espace public et du cadre de vie, et Mme Isabelle Houley, présidente adjointe du CCAS, à un exercice de "Vis ma vie".

Le défi : Parcourir 600 mètres, de la rue du Havre à l’église Saint-Pierre, les yeux masqués, canne blanche en main, au bras d’un guide déficient visuel.

Durant ce trajet de 40 minutes (il en faut habituellement 10 pour un piéton lambda), les élus ont dû apprendre à décoder le sol, à tendre l'oreille pour deviner la circulation et à gérer le stress d'un environnement devenu hostile.

Le choc du ressenti

Sous le masque, la compréhension du problème se dessine. Les élus hésitent avant chaque bordure, perdent l'équilibre sur un pavé disjoint, heurtent un mobilier urbain mal placé et expriment une certaine anxiété au milieu du tumulte sonore de la place de la Résistance. Mètre après mètre, la réalité des nombreux dangers de la ville les rattrape. 

Quelles promesses après la prise de conscience ?

Le vieillissement de la population et l'explosion des cas de DMLA (estimés à 2,5 millions de personnes en 2030) font de l'accessibilité un enjeu de santé publique majeur.

La réaction des élus : à chaud, la prise de conscience était visible. Passer de la théorie des dossiers techniques à la réalité physique du danger change la perspective. M Olivier témoigne de son ressenti dans la vidéo associée à cet article (voir plus bas)

Aujourd'hui, les associations formulent des demandes fermes  :

  1. Un plan d’urgence pour la remise en état des aménagements d'accessibilité les plus dégradés .
  2. Un audit de l'état des équipements urbains existants et des installations manquantes.
  3. Un budget dédié et sanctuarisé pour la maintenance.
  4. La formation des agents chargés d'installer les équipements urbains.
  5. Le respect des normes imposées dans les référentiels d'aménagements issus de la loi handicap de 2005;
  6. L'inclusion de représentants de notre handicap à la genèse de projets d'aménagements de la ville.

L’objectif est simple : faire de Caen une ville où sortir n’est plus un acte de courage, mais un droit fondamental.

Ensemble, faisons de Caen une ville modèle de l'accessibilité. 



Dans le cadre de la collaboration entre la mairie et les associations dédiées aux déficients visuels, sur les sujets d’accessibilité urbaine, nous recherchons un profil architecte/urbaniste/maitre d’œuvre bénévole. Plus d'informations sur notre page Tous Bénévoles.
 

Nous remercions : 

  • Les représentants de la ville de Caen pour leur implication dans cet évènement.
  • Les bénévoles des associations qui ont permis à cette après-midi d'être organisée.
  • Les vidéastes bénévoles présents : Laurent Besnehard (Le 7eme Studio) et Killian Charton (Fleyeproduction), du collectif Le BureaudesCréas. (La vidéo insérée dans cet article étant celle de Fleyeproduction.)

 

Auteure : Lysiane LEQUESNE, rédactrice bénévole pour le comité AVH Caen-Calvados. 

Quand les élus de Caen parcourent leur ville à l'aveugle (Vis ma vie de DV : l'accessibilité urbaine)

Transcription Quand les élus de Caen parcourent leur ville à l'aveugle (Vis ma vie : l'accessibilité urbaine)

La vidéo détaille différents plans de l'après-midi "Vis ma Vie de DV à Caen" durant laquelle les élus caennais ont pu appréhender les difficultés de la ville en la pratiquant, yeux bandés, accompagnés de guides déficients visuels ou aveugles. La question de l'amélioration de l'accessibilité de la ville étant au centre de l'évènement. Les plans montrent le groupe qui arpentent les rues de la ville, yeux masqués, canne blanche à la main, avec les difficultés que comportaient le parcours.

0:04 Lysiane, bénévole au comité Valentin Haüy Caen-Calvados :
"L'idée c'est de se mettre vraiment dans la peau des déficients visuels. On va vous faire accompagner chacun par un déficient visuel. On va partir de ce point pour traverser la place et ensuite vous nous suivrez."

1:05 Aristide Olivier, maire de Caen :
"C'est une expérience qui incontestablement marque et c'est vraiment une expérience qui doit avoir une suite dans notre manière de conduire les politiques publiques parce qu'effectivement aujourd'hui les espèces publics sont difficiles d'accès et on ne se rend compte que quand on vit cette expérience. Merci à tous ceux qui ont permis de créer ce moment."

1:25 Alain Le Jolivet, Président association À vue de Truffe :
"La directrice du CCAS m'a dit que pendant tout le trajet, elle ne savait plus où elle était. Elle n'avait plus aucun repère ce qu' a ressenti cette dame et que c'est doit pas être facile pour nous non-voyants, malvoyants, avec tous les les problématiques qu'il y a sur les trottoirs, les chaussées."


1:42 Didier Rutkowski, président association Valentin Haüy Caen-Calvados
"J'ai senti quelqu'un qui prenait conscience de quelque chose. Il faut que ce cette expérience porte ses fruits et qu'on puisse, d'ici quelques temps voir des des avancées sérieuses."

Fleyeprod - Killian Charon - https://fleyeprod.com/

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