Dispositif initial
L'obligation d'accessibilité des services de communication au public en ligne des services de l'État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent a été introduite par la version initiale de l'article 47 de la loi « handicap » du 11 février 2005.
Le décret d’application n'a été publié que quatre ans plus tard, le 14 mai 2009.
Un arrêté du 21 octobre 2009 approuvait la première version, numérotée 2.2, du « référentiel général d'accessibilité pour les administrations » (RGAA)
Le décret fixait un délai de deux ans aux services de communication publique en ligne de l'État et de ses établissements publics pour se mettre en conformité. Ces services auraient donc dû être rendus accessibles dès mai 2011. Il n’en a rien été.
Pour toute sanction de la non‑conformité au RGAA n’était prévue que l’inscription « sur une liste de services de communication publique en ligne non conformes publiée par voie électronique par le ministre chargé des personnes handicapées. » Cette liste n’a jamais vu le jour.
Évolutions intermédiaires
L’article 47 de la loi de 2005 a connu une première évolution en octobre 2016 avec, notamment :
- l’extension de l’obligation d’accessibilité aux organismes délégataires d'une mission de service public et aux entreprises dont le chiffre d’affaires excède un seuil défini par le décret en Conseil d'État ;
- l’indication du fait que les services de communication au public en ligne incluaient notamment « les sites internet, intranet, extranet, les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique » ;
- l’obligation de publier un schéma pluriannuel de mise en accessibilité ;
- l’obligation de mentionner sur le site la conformité ou la non‑conformité aux règles d’accessibilité ;
- l’introduction d’une sanction financière en cas de non-respect de l’obligation de mentionner la conformité aux règles d’accessibilité.
Le décret d’application qui devait préciser diverses dispositions pratiques, notamment relatives aux sanctions, n’a pas été publié avant l'évolution législative de 2018.
Par ailleurs, le référentiel général d'accessibilité pour les administrations (RGAA) a connu trois nouvelles versions, nommées RGAA 3.0, RGAA 3 2016, RGAA 3 2017.
Dispositif en vigueur depuis fin 2019
La version en vigueur de l’article 47 de la loi de 2005 résulte de dispositions adoptées en septembre 2018.
Le décret du 24 juillet 2019 en précise les modalités d’application.
Le dispositif a été complété avec l’arrêté du 20 septembre 2019 portant référentiel général d'amélioration de l'accessibilité (RGAA).
À noter le changement de signification du sigle RGAA, ce référentiel concernant désormais aussi bien organismes publics que grandes entreprises privées.
L’accessibilité des services de communication au public en ligne est désormais une obligation pour les organismes publics et les entreprises privées réalisant un chiffre d’affaires annuel d’au moins 250 millions d’euros.
Les principales caractéristiques de cet ensemble de textes sont les suivantes :
- la loi précise que « l'accessibilité des services de communication au public en ligne concerne l'accès à tout type d'information sous forme numérique, quels que soient le moyen d'accès, les contenus et le mode de consultation, en particulier les sites internet, intranet, extranet, les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique » ; il s’agit d’une définition très large qui inclut, bien que cela ne fasse pas partie des exemples cités, les actions de communication effectuées au moyen de publications sur les réseaux sociaux ;
- au-delà de la mise en accessibilité, les organismes publics ont pour obligation, dans des conditions précisées par le RGAA 4, de publier sur leur site :
- ce que sanctionne la loi, ce n’est pas le défaut d’accessibilité, mais le non‑respect des obligations déclaratives ;
- pour les organismes publics, les dispositions s’appliquent à compter du 23 septembre 2020 (23 juin 2021 en ce qui concerne les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique).
Le fait que le schéma pluriannuel de mise en accessibilité puisse durer jusqu’à trois ans conduit à admettre que les services de communication au public en ligne ne soient pas accessibles avant le 23 septembre 2023, soit dix-huit ans et demi après la loi de 2005.
Par ailleurs, un grand flou règne à propos du mécanisme de sanctions financières : c’est le ministre chargé des personnes handicapées qui prononce ces sanctions, mais aucun dispositif de signalement au ministère des défauts d’accessibilité constatés n’a été mis en place.
Que se passera-t-il fin 2023 si un service de communication au public en ligne n’est pas accessible ? Est-ce que l’organisme concerné s’en sortira simplement en republiant un nouveau schéma pluriannuel de mise en accessibilité ?
Quand seront sanctionnés les défauts d’accessibilité eux-mêmes et non le simple non-respect d’obligations déclaratives ?
En résumé, on constate le manque de diligence de l’État à la fois pour publier les textes d’application de la loi et ensuite pour les faire appliquer.
Dans notre prochain article, nous décrirons la démarche de test appliquée aux seize organismes publics emblématiques que nous avons retenus et nous donnerons le relevé des défauts d’accessibilité constatés d’une part sur les sites Web, d’autre part dans les publications faites sur les réseaux sociaux.
Auteur : Christian VOLLE
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