24 avril 2026 - ANIMAL, dans le secret de la nature
À l’invitation du Musée des Ursulines, le Comité part découvrir les œuvres du peintre Alain Pouillet. Le parcours de visite aborde le règne animal.
Publié le 9 juin 2026
Emilie Decombe, médiatrice culturelle au musée nous accueille et nous présente l’artiste peintre né en 1953 à Serbannes. Un artiste très productif dont quelques œuvres sont présentées dans la première salle au rez-de-chaussée du musée. Il peint des très grands formats et ses tableaux fourmillent de détails tout en étant très figuratifs.
Artiste autodidacte, ses références vont à la mythologie, à l’actualité, aux livres.
Les œuvres s’inscrivent dans un parcours à l’initiative de la galerie Françoise Besson.
Le projet réunit plusieurs musées du territoire tels le monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, le musée Paul Dini à Villefranche-sure-Saône et les musées d’art contemporain et des Beaux Arts de Lyon, afin de célébrer le cinquantenaire de la carrière de l’artiste.
Alain Pouillet est né en 1953 à Serbannes, dans l’Allier. Artiste-peintre, il a participé à plus de 130 expositions individuelles et collectives depuis 1975, en France et à l’étranger. De nombreuses œuvres sont conservées dans les collections publiques et privées faisant de lui l’une des figures significatives de la peinture contemporaine.
Son autisme Asperger détecté seulement en 1998 fait de lui un artiste atypique et singulier.
Les trois tableaux peints à l’huile qui débutent la visite constituent un triptyque autour de la chasse.
Fuir 1 - Les Chiens
Ce premier tableau mesure environ 1,70m de large sur 1,20m de haut.
Le sujet fait référence à son enfance à la campagne. Son père et ses oncles chassaient.
On distingue à gauche, 2 chiens de dos dans des herbes hautes, sous un point de lumière, une tête de chien floue.
Au centre du tableau, 3 autres chiens, de face, entourent un énorme sanglier vu de profil.
Au fond, des formes orangées symbolisent des fruits.
Fuir 2 - Le daguet
Une huile sur toile de 2015.
L’action se déroule en bande. Que voit-on ? Un animal dans l’eau, vu de profil. Son naseau est très sombre, mais son museau est plus clair.
On distingue les bois d’un jeune cerf. Il s’agit d’un daguet. Tout autour des formes blanches forment des éclaboussures de l’eau allant jusqu’en haut du tableau Des vaguelettes dans les tons de vert forment trois sortes de touffe d’herbe.
Fuir 3 - Le sanglier dans la neige
Différent des deux précédents, il joue les contrastes entre le noir et le blanc.
On distingue un sol enneigé avec des mouvements. A l’extrémité, à gauche, deux museaux de chiens grossièrement peints et un sanglier bien noir. A droite, le gros de la meute des chiens fait face au sanglier.
Un seul chien, plus clair, a la gueule ouverte, se détache de la meute et devient le personnage central du tableau.
Ces 3 tableaux d’Alain Pouillet, rendent hommage à son père, une famille paysanne de l’Allier où les seules revues étaient le catalogue de La Redoute et le Chasseur français.
Le petit nid
Une huile sur toile de petites dimensions (environ 0,50 x 0,70). Noir et blanc, un cadre brut en sapin,
un tableau centré sur une forme ronde autour de laquelle rayonne des petits triangles très pointus. Mais ce n‘est pas un tournesol.
On a 4 formes arrondies peu éclairées. Ce sont des œufs dans un fond gris pas uniforme. Ce nid pourrait être un nid de petites chouettes tel que celui découvert dans son enfance. Le peintre s’est inspiré là d’un conte finlandais de 1835 Le Kalevala, qui raconte la création du monte.
La Truite
Aquarelle, encre et tempera sur papier - 2015
Courtoisie Galerie Françoise Besson
Travail intéressant de l’encre de chine et de l’aquarelle sur papier mouillé afin de traduire l’univers aquatique dans lequel évolue une carpe. Le poisson de profil semble traverser l’espace du dessin sans se préoccuper de la ligne attachée à un bouchon au couleurs vives et garnie de petit plombs d’un hameçon et d’un vers de terre.
L’univers de la truite se limite à l’espace aquatique et ignore le monde du pêcheur qu’on ne voit pas. D’ailleurs au dessus de la surface de l’eau une petite bande saturée d’encre noire témoigne de cette inconnue.
Ce dessin semble être une parfaite métaphore de l’autisme dont souffre le peintre.
Les biches
Un tableau à l’huile, de dimensions plus modestes (1,80 x 0,70) tout en hauteur.
Au fond dans les tons de couleurs douces de gris, beige, violet, on distingue des silhouettes, des troncs d’arbres et des branches.
Devant, les silhouettes de 4 biches bondissantes.
Par la gauche, arrive dans le cadre l’avant du corps d’une biche sans arrière train.
Au sol, des taches de lumière.
Emilie remet une maquette du tableau à Jacqueline, afin de suivre ses explications. La maquette passe ensuite dans d’autres mains pour en détecter les contours et les aspérités. Merci Emilie.
Série : Ceux qui nous regardent
Deux dessins sur papier pour terminer la visite, de dimensions 90 X 60 environ. Dans l’exposition sont accrochés 4 dessin de cette série des « regardants ». Ils sont tous composés de la même façon, mettant en scène un ou deux animaux de face sur un fond qui ressemble à un paysage très claire mais qui n’en est pas vraiment un. En effet tout le fond de la composition est recouverts de graphismes tracés à l’encre de Chine et parfois remplis de la gouache blanche. Des dégradés gris et de beige très léger colorent le papier.
Ces graphismes représentent en réalité des visages humains ou de créatures imaginaires aux oreilles et à la barbe pointues et parfois pourvus de cornes.
Ceux qui nous regardent, L’écureuil et la belette
Un premier tableau où « l’écureuil et la belette » sont dans des positions identiques et dominent le paysage tout entier. A gauche, un écureuil sur une branche, appuyé sur ses pattes avant. En bas à droite, une belette, de face, au pelage brun roux et au ventre blanc apparait derrière des herbes. La branche unique et les quelques herbes au premier plan sont les seuls véritables éléments de paysage. Ils nous laissent penser que la scène se situe dans la forêt ou du moins dans la nature. Le milieu naturel de ses animaux est saturé de présence humaine ou d’esprits, peut-être que ces visages représentent les générations d’hommes, d’elfes ou de satyres qui ont peuplés cette nature au fil des siècles. Les animaux semblent en être dépossédés et leurs regards insistants sont peut être accusateurs. Les considérations écologiques qui traversent notre époque influencent aussi le peintre.
Ceux qui nous regardent, La marmotte et le lièvre
2019 - 2020
Aquarelle, encre et tempera sur papier
Emilie nous lit des extraits du livre d’Elsa Marpeau « l’âme du fusil » devant ce tableau où effectivement on distingue nettement ces deux animaux, spectateurs.
L’extrait a été choisi car il concentre de manière éxagérée pour soutenir le style du roman noir, toutes les angoisses contemporaines liées au changements climatiques tout en adoptant le point de vue d’un chasseur. Il entre ainsi en résonance avec les œuvres d’Alain Pouillet.
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Que dire après cette visite ? Tout d’abord, la présence et les explications d’Emilie Decombe étaient indispensables pour nous faire découvrir les scènes de chasse décrites par un peintre sensible, qui a su adopter le point de vue de l’animal dans ses relations avec les humains, et nous offre par là même une œuvre étrange et singulière.
Monique Mathy
Présidente du Comité de Mâcon
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