27 mars 2026 - Sur les traces des compagnons charpentiers au Musée du Compagnonnage
Le 27 mars 2026, le Comité découvre 2 expositions du Musée : l’une rendant hommage aux artisans et compagnons qui ont restauré et relevé Notre Dame de Paris, l’autre présentant les chefs d’œuvre des compagnons.
Publié le 27 mars 2026
« Relever Notre Dame »
Tel était le chantier hors norme proposé aux artisans d’art, tailleurs de pierre et charpentiers, vitraillistes, techniciens, ingénieurs, après le terrible incendie du 15 avril 2019 qui a bien failli faire disparaître la cathédrale parisienne.
Les gestes, les traditions, les savoirs faire ancestraux ont continué en effet de se transmettre pour que Notre Dame renaisse dans toute sa splendeur.
Ce pari fou fut une merveilleuse réussite. Les compagnons en furent les acteurs talentueux.
Le compagnonnage
La légende veut que les compagnons situent l’origine de leur organisation lors de la construction du Temple de Jérusalem, au 10e siècle avant Jésus Christ.
Dans cette légende, trois personnages principaux apparaissent : Le roi Salomon, commanditaire de la construction, Maître Jacques, tailleur de pierre et le Père Soubise, responsable des charpentiers. Le compagnonnage est divisé en plusieurs sociétés compagnonniques qui chacune, se revendique d’un de ces personnages fondateurs.
En dehors de la légende, les historiens s’accordent pour situer les premières sociétés compagnonniques au Moyen-Age. Plusieurs circonstances expliquent leur apparition. Ainsi, à l’époque de la construction des cathédrales gothiques, des ouvriers spécialisés très recherchés comme les tailleurs de pierre, les maçons et les charpentiers, allaient de chantier en chantier, en fonction de la demande. Ces ouvriers itinérants étaient appelés “passants” ou “étrangers ».
Il existait parallèlement dans les villes les corporations de métiers où les ouvriers étaient sédentaires. Mais dans ce système les maîtres des corporations, soucieux de préserver leur monopole, ne permettront plus aux ouvriers autres que leurs enfants d’accéder à la maîtrise. Ainsi les ouvriers des villes vont fuir ces injustices et vont découvrir le privilège de se déplacer librement de chantier en chantier. Ils vont alors rencontrer les ouvriers “passants ” des cathédrales possédant leurs propres coutumes et c’est vraisemblablement de cette rencontre, dès le 13e siècle, que s’organisent les premières sociétés compagnonniques.
Le Tour de France
Le but du compagnonnage, qui est l’apprentissage d’un métier manuel, s’accompagne d’une certaine conception du travail, la reconnaissance de valeurs communes comme l’amour du métier, la transmission, la solidarité et la fraternité. Il s’accompagne aussi de règles strictes qui s’imposent à tous.
Parmi ces règles existe l’obligation pour les jeunes compagnons de voyager, afin d’enrichir leurs connaissances professionnelles et humaines. C’est ce que les compagnons appellent le Tour de France. Dans une vitrine, on aperçoit un diplôme dit “ de bon drille retiré ”. On y voit des tampons provenant de nombreuses villes : ce document prouve que le compagnon a bien effectué son Tour de France.
Jusqu’au siècle dernier, la durée du voyage variait selon le métier, se situant entre deux et sept ans. Le jeune itinérant devait obligatoirement passer par des villes placées sur les grands axes de circulation et choisies en fonction de son métier. Longtemps, le Tour de France s’effectue à pied, et les garçons, pour se donner du courage, chantent sur les routes. Cette tradition du chant est restée jusqu’à nous. On peut voir dans une vitrine un des cahiers de chant appartenant à un compagnon.
Aujourd’hui, cette tradition du voyage demeure et les compagnons continuent à être reçus dans chaque ville dans des centres d’accueil appelés Maisons, ou Sièges ou encore Prévotés qui offrent le gîte et le couvert et servent de cadre de formation. Chaque siège est administré par un compagnon et par une femme appelée Mère ou Dame-Hôtesse qui assure la partie intendance, tout en donnant à l’établissement une ambiance familiale.
Un tableau représentant un cortège en l’honneur d’une Mère montre le degré d’affection des garçons pour cette femme.
Dans les premiers temps du compagnonnage, la Mère était la patronne d’une auberge qui s’engageait à héberger et nourrir les compagnons d’une société et à prêter un local pour les réunions et les cours du soir. Aujourd’hui la Mère est employée par la société compagnonnique. Il faut noter qu’elle est la seule présence féminine acceptée dans le compagnonnage…
Le jeune compagnon arrivé dans une ville est placé dans une entreprise. La bonne réputation des compagnons leur permet d’obtenir facilement des places. Salarié de l’entreprise, l’apprenti paye son gîte. Après la journée de travail il prend des cours du soir donnés par des enseignants et des compagnons. Au bout de quelques mois, l’itinérant va quitter la ville. Comme par le passé, il ne choisira pas sa nouvelle destination, mais sera envoyé dans un lieu en fonction du marché du travail. Un “ levé d’acquis ” prouvait que le compagnon était autorisé à quitter la ville car il n’y avait pas de dettes.
Aujourd’hui le Tour de France dépasse les frontières du pays. Les jeunes peuvent être envoyés en Europe, mais aussi au Canada, aux USA, et au Japon.
Le travail de réception
Après son Tour de France, l’aspirant va devoir réaliser un chef-d'oeuvre ou travail de réception. En dehors de ses heures de travail et des cours du soir, il va concevoir et créer une maquette. Celle-ci devra démontrer l’étendue de ses connaissances professionnelles acquises durant le Tour de France. Lors d’une cérémonie rituelle, appelée cérémonie de réception, son chef-d'oeuvre fera l’objet d’une critique minutieuse par une assemblée de compagnons. Si le travail montré est jugé digne des attentes du métier, l’aspirant est reçu compagnon. Avec son diplôme prouvant qu’il est bien admis au rang de compagnon. Il reçoit alors un nom symbolique, une canne et des couleurs.
Dans la salle du rez-de-chaussée du musée se trouve justement un certain nombre de réalisations des compagnons : des escaliers majestueux, des charpentes en bois d’une finesse extraordinaire. On dirait des « cheminées de fées ».
Le chien-loup
Le musée présente un prêt exceptionnel de la société des Compagnons charpentiers des devoirs du Tour de France. Ce chef d’œuvre a été réalisé bénévolement par 14 jeunes pour célébrer les 80 ans de la fusion entre deux sociétés historiques et rivales qui se sont unies en 1945 : les Compagnons charpentiers du Devoir de Liberté et les Compagnons passant Charpentiers du Devoir.
En 2024, 14 charpentiers de toute la France, se sont unis autour de ce projet ambitieux. L’œuvre fait plus de 4 mètres de haut et a nécessité 10 000 heures de travail. Les techniques traditionnelles et les technologies numériques (imprimantes 3D par exemple) ont été utilisées.
Traditions
Les compagnons furent longtemps sans existence légale et en butte à la répression du pouvoir royal qui n’acceptait comme seule organisation professionnelle légale que les corporations des métiers, qu’il pouvait encore facilement contrôler.
Les premières sociétés compagnonniques s’organisent donc en sociétés clandestines, soumettant leurs membres à une formation professionnelle et à l’observance de règlements précis. Les compagnons se reconnaissent par des gestes, des mots et des symboles particuliers.
Le temps a passé et depuis le 19e siècle, le compagnonnage a une existence légale. Mais les compagnons ont gardé leurs traditions. L’une d’elles consiste à attribuer un nom symbolique à tout nouveau membre d’une société compagnonnique. Dès son départ pour le Tour de France, l’aspirant reçoit le nom de la ville ou de la province dont il est originaire. Lors de la cérémonie de réception, on va le compléter par une qualité ou une particularité de sa personnalité. Ainsi, Pierre-François Guillon portait le nom de Mâconnais, l’Enfant du Progrès.
Chaque membre possède aussi une canne,. A l’époque où le Tour de France s’effectuait à pied, la canne était essentielle. Aujourd'hui elle n’est portée que pour les cérémonies officielles des sociétés compagnonniques. Elle présente trois parties distinctes : le jonc en bois, le bout ferré, et le pommeau gravé du nom du compagnon avec parfois la date et le lieu de réception, les outils et les emblèmes de son métier.
Les couleurs désignent des rubans portés lors des cérémonies compagnonniques. Celles de Pierre-François Guillon sont celles d’un compagnon charpentier du Devoir de Liberté, donc blanches, rouges et vertes et gravées de symboles : l’équerre et le compas, le temple de
Jérusalem et des lettres. Le compas symbolise la connaissance. L’équerre est l’outil de contrôle, associé à la matière. Sous le compas se trouve l’outil caractéristique du charpentier : la bisaiguë. Les lettres sont un système de codage qui consiste à ne retenir que les initiales de chaque mot. Ainsi le S, sur le temple, est lié à Salomon
Outils des métiers du bois
Des outils sont installés dans différentes vitrines d’exposition, mais à la fin de la visite de cette exposition permanente, Jacqueline a apporté et fait circuler plusieurs outils ayant appartenu à son mari qui exerçait le métier de menuisier : un compas, une équerre, des ciseaux à bois de différentes tailles, une gouge (ancien outil tranchant à lame courbe), un villrbrequin (outil à main formé d'une manivelle doublement coudée munie, à une extrémité, d'un dispositif permettant de fixer une mèche de perçage ou une clé de serrage).
L’école (dans les locaux du musée) fut fondée par Pierre-François Guillon et fonctionna jusqu’en 1923.
Pierre-François GUILLON
Pierre-François Guillon est né en 1848 à Romanèche-Thorins.
Fils d’un maître charpentier, il entre en apprentissage chez son père, à l’âge de 15 ans. Trois ans plus tard, il décide de partir se perfectionner auprès des compagnons charpentiers et commence son Tour de France par Auxerre. Lorsqu’il revient à Romanèche-Thorins en 1869, c’est pour reprendre l’entreprise familiale de charpente et surtout, pour fonder une école pour les compagnons.
C’est l’Ecole Pratique de Stéréotomie Appliquée à la Construction, appelée aussi École de Trait. Pendant 52 ans, il y enseigne la Charpente, l’Escalier, la Menuiserie, la Coupe de pierre, à des élèves venus de toute la France et même de l’ét
A sa mort en 1923, son fils Osiris fait don au Département de Saône-et-Loire de l’ensemble des documents, souvenirs et chefs-d’œuvre de son père. Ils sont réunis dans ce musée, construit en 1928 et agrandi en 1998 par le Conseil Général de Saône-et-Loire.
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Notre groupe a appris une foule d’informations dans ce musée si proche, mais méconnu pour la plupart, quoique certains l’avaient déjà visité avec l’A.V.H. en … novembre 2015 !
Monique Mathy
Présidente honoraire A.V.H. Mâcon
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