Si les archives municipales de Mâcon ont toujours échappé aux grandes catastrophes pouvant toucher les documents (incendies, inondations, destruction à cause des guerres), elles ont néanmoins connu une péripétie assez singulière pour être rapportée.
En effet, elles ont été volées en 1562 et d’une manière assez « légale» pour l’époque.
Nous sommes en pleines guerres de religion. Ce sont les 8 guerres civiles de 1562 à 1598, d’origine religieuse, opposant les catholiques aux partisans d’une nouvelle religion, le protestantisme. On les surnommait les huguenots.
Cette division est le mouvement de réforme de l’Eglise catholique commencé en 1517 par un moine allemand, Martin Luther.
Les Réformateurs veulent du changement au sein de l’Eglise catholique, une religion avec des textes compréhensibles autrement qu’en latin.
C’est aussi une réforme fiscale, notamment avec l’apparition des « indulgences » moyennant finances, une croyance selon laquelle les indulgences permettraient de gagner des années après la mort.
En France, le protestantisme est d’abord réprimé dans les années 1520. Il ne se développe qu’à partir des années 1540 avec le calvinisme, lancé par le Français Jean Calvin.
Deux factions se forment à la fin du règne d’Henri II : une catholique et une protestante.
A la mort du roi en 1559, l’affaiblissement du pouvoir royal accentue l’antagonisme entre les deux clans qui dégénère en guerre civile.


1ère Guerre de Religion (1562-1563)

La guerre est déclenchée le 1er mars 1562 par le massacre de Wassy.
François de Guise arrive à Wassy, près de Joinville et se rend compte que les protestants célèbrent leur culte dans la ville et non en dehors, comme il était stipulé dans l’Edit de janvier 1562. Avec ses troupes, il tue 74 protestants et en blesse une centaine.


A Mâcon 

Les historiens datent l’installation d’une communauté protestante en 1554. Mais grâce aux archives judiciaires, on trouve la trace de protestants dès 1529. 
Fin 1561, lorsque les habitants sont appelés à élire leurs échevins, ils se donnent un Conseil composé en majorité d’hommes favorables aux protestants. Les nouveaux échevins décident d’autoriser le culte protestant sous les halles. 
Les catholiques se cachent en attendant de voir la suite. 
Le 17 janvier 1562, le roi Charles IX promulgue un édit autorisant le culte protestant sous certaines conditions. Notamment, il est interdit à l’intérieur des villes entourées de murailles comme Mâcon. 
À la suite du massacre de Wassy, l’atmosphère se tend et les protestants passent à l’offensive. 
Les sonneries de cloches sont interdites et la messe est célébrée en secret. 
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1562, on apprend que la ville de Lyon est tombée aux mains des protestants. Ceux de Mâcon, inquiets d’un éventuel changement de situation, font appel à des renforts de troupes. 
César Guillaume d’Entragues, baron des Adrets, fait son entrée en ville avec ses hommes le 5 mai 1562. 
Aussitôt, la violence se déchaine. Eglises et couvents sont pillés ; les archives et les œuvres religieuses brûlées. L’occupation de la ville par les protestants va durer trois mois et demi. 
La ville est mise en état de défense et de siège car une armée catholique commandée par Gaspar de Tavanes est en route pour délivrer la ville. 
Le 19 août 1562, la ville est reprise par les catholiques. Les représailles sont terribles, de nombreux protestants sont tués ou rançonnés. Quelques jours plus tard, Tvanes entre en ville. Les échevins sont remplacés par des catholiques. 


Un vol «légal» 

C’est dans ce contexte qu’on s’aperçoit que les archives de la ville, conservées à l’Hôtel de Ville (alors situé rue des Selliers, actuelle rue Philibert Laguiche, immeuble BNP) ont été soustraites. Le responsable de ce vol est le sieur de l’Etang, gentilhomme de la suite du seigneur de Maugiron, lieutenant général du Dauphiné et fervent catholique. 


« Petits arrangements » 

Les documents emportés sont de différentes provenances et nature : terrier, papiers de l’église Saint-Pierre, titres et privilèges accordés à la ville par les rois de France. Or, cette perte est un handicap considérable pour les nouveaux échevins : sans titres, ils ne peuvent prouver leurs droits et sans justificatifs, ils ne peuvent gérer le budget de la ville. Prié de les 
restituer, le sieur de l’Etang refuse déclarant qu’il détient ces papiers de « bonne prise et droit de guerre ». Il ne les restituera que contre une forte somme d’argent. 
De leur côté, les chanoines de Saint-Pierre s’arrangent directement avec lui et récupèrent les documents. 
Mais les échevins ruinés par la guerre et les destructions, n’en ont pas les moyens. Ils demandent au sieur de Tavanes d’ordonner au sieur de l’Etang de restituer les archives ; il approuve en stipulant que «les choses générales appartiennent au roi». 
Mais le voleur refuse et l’affaire est portée à la cour, d’abord auprès de la reine puis auprès du roi. 
Le 25 décembre 1562, le chancelier accorde des lettres de prise de corps du sieur de l’Etang, suivies le 27 décembre par une commission de Charles IX obligeant l’intéressé à rendre les documents sous peine d’emprisonnement car «ils appartiennent à nous et à la chose publique». 
Une fouille chez lui ne donne rien. Il a disparu et caché les documents. Les échevins exigent de lui un inventaire de ce qui a été emporté. Le Seigneur de Grandris leur fait parvenir en 1577, stipulant que le sieur de l’Etang est prêt à les rendre moyennant un petit geste financier. Puis les années passent sans que rien ne soit réglé. 


Une allure de feuilleton 

Les guerres continuent également entre catholiques et protestants. A la mort du sieur de l’Etang, les échevins écrivent à sa veuve. Elle leur répond en présentant une autre version des faits. Son mari n’a pas volé les archives, mais les aurait rachetées à des soldats qui s’en étaient emparées. Il voulait simplement un remboursement de la somme avancée. 
Elle se déclare prête à les rendre moyennant elle aussi un geste en sa faveur. 
Un rendez-vous est fixé à Lyon rue Mercière, chez les sieurs Febvre et Raverin. Contre 112 écus, elle accepte de rendre les archives. Les échevins de Mâcon les récupèrent enfin le 6 juillet 1598, soit 36 ans après les faits. 
 

Et la vie continue…

Entre temps, les choses ont bien changé. Le roi Henri III a succédé à Charles IX en 574. Il règne jusqu’en 159 lorsqu’il est assassiné par un moine fanatique. Il est remplacé sur le trône par son cousin, Henri IV. Mais ce dernier est protestant et peine s’imposer comme successeur légitime. Finalement, il se convertit au catholicisme en 593, et est sacré à Chartres en 1594. En 1595, le pape le reconnait comme roi légitime. 
En 1598, Henri IV promulgue l’édit de tolérance, dit Edit de Nantes qui autorise le culte protestant en France. 
Hasard de l’Histoire, 1598 marque donc la fin des Guerres de Religion et le retour des archives de Mâcon à l’Hôtel de Ville. Elles ne le quitteront plus, sauf pour suivre l’installation des servies de la mairie dans l’Hôtel de Ville quai Lamartine en 1793. 
Elles vont encore connaître des déménagements au fil du temps et de l’évolution administrative, jusqu’à leur installation aux Archives municipales, dans l’actuel bâtiment de la Médiathèque en 2007. 
En tout cas, les péripéties connues par les archives entre 1562 et 1598 montrent qu’à cette époque, la protection des archives était un concept inconnu. 
Le sieur de l’Etang se comporte comme un noble du Moyen Age qui peut prendre ce qu’il veut (biens, personnes) et demander rançon. 
Mais ce qui est intéressant, c’est que malgré tout, l’idée du « bien commun» apparaît dans les documents relatifs à cette affaire. 
Cependant, il faudra encore du temps pour que l’idée de protection du patrimoine et donc des archives, fasse son chemin. 
C’est seulement dans la loi du 3 janvier 1979 que les archives publiques sont déclarées inaliénables (on ne peut pas les vendre) et imprescriptibles (il n’y a aucun délai pour demander restitution des archives). 
Ces dispositions sont reprises dans l’actuel Code du Patrimoine qui protège les archives publiques et les droits des individus. Car grâce à la conservation des actes, cela permet de justifier d’un droit (de propriété par exemple) comme de l’identité d’un individu (état civil, nationalité). 
Enfin, leur accès libre et gratuit est un des fondements de notre démocratie. Depuis la Révolution et la loi de l’An II (1794), tout citoyen a accès aux archives et peut ainsi demander des comptes aux personnes en place (élus, fonctionnaires) sur la gestion du bien commun. 

A l’issue de cette présentation, Franck Métrot a répondu aux questions de la salle. Ainsi toute personne désireuse de se renseigner peut aller consulter les archives rue de la République à Mâcon. 
Enfin il donne des explications sur deux quartiers de Mâcon. 
Le quartier de St Clément qui continue sa rénovation, a été absorbé par Mâcon il y a fort longtemps. 
Le quartier de Flacé a été rattaché à Mâcon en 1965. 
Enfin, les communes de St-Jean-le-Priche, Sennecé-les-Mâcon, Loché sont des communes associées depuis 1972. 


Monique Mathy, présidente honoraire 
Sur un texte de Franck Métrot 
 

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