Photo d'illustration

Hier, aveugles et malvoyants ont pu tester les objets en relief qui permettent de découvrir des documents jusque-là inaccessibles, comme la reproduction d’un dessin ancien.
© (Photo NR, Éric Pollet)

 

Documents en relief, parcours guidé, poste informatique avec loupe… Pionnières, les archives départementales s’ouvrent aux aveugles et malvoyants.

J’entendais toujours les malvoyants dire : on ne va pas au musée, il n’y a rien à voir… Faux paradoxe qui a fait gamberger Rémy Closset. Architecte jusqu’à ce qu’en 2004 son handicap visuel l’empêcher de continuer, celui-ci a trouvé à exercer son talent pour les maquettes : il fait « voir » ce qui ne pouvait pas l’être grâce à des reproductions en relief.
Désormais, aux archives départementales des Deux-Sèvres à Niort, aveugles et malvoyants peuvent « lire » la lettre d’un grognard de Napoléon du 12 mars 1813 ou « voir » le retable de l’église Sainte-Croix de Parthenay, reproduite d’après un dessin ancien. Autant de documents dont ils ne pouvaient profiter.

“ J’ai encore les images dans la tête ”

Chaque bas-relief nécessite près de 200 heures de fabrication minimum. « Quand je fais toucher un tableau et que de retour chez soi, on me dit : j’ai encore les images dans la tête, c’est que c’est gagné », explique Rémy Closset.
Les archives se mettent à la portée de ceux qui ne voient pas ou qui voient mal. Au sol, on finira d’achever la semaine prochaine un parcours « podotactile » avec bandes antidérapantes pour guider le visiteur depuis l’entrée jusqu’à la salle de lecture. « Pour consulter les archives, un poste informatique avec écran adapté et loupe grossissante, a été installé mercredi », explique la directrice, Aude Seillan. Autant d’initiatives conclues grâce à un travail en commun entre le Département des Deux-Sèvres, dont dépendent les archives, et l’association Valentin Haüy.

Une première en France

L’opération est jugée suffisamment exemplaire pour que Pierre Ciolfi, vice-président national de Valentin Haüy et son directeur général, Alain Mouttou, fassent le déplacement hier aux côtés du président du Département, Gilbert Favreau, et de Christine Saint-Clair, présidente du comité deux-sévrien de l’association. « Ce type de partenariat est une première en France », souligne Alain Mouttou.
Le rôle de l’association, explique Pierre Ciolfi, c’est « d’imaginer des solutions pour que tout le monde puisse faire pareil ». L’accès à la culture est un combat. Rendre accessible un bâtiment, c’est bien, mais si ensuite on ne peut pas consulter ce qu’il renferme ? Les plus pauvres et les ruraux sont souvent victimes de la fracture numérique, « mais la fracture numérique est encore plus grande pour les déficients visuels : ils sont très peu pris en compte par les créateurs de site web », observe Pierre Ciolfi. Un problème qui dépasse largement le cadre de la culture : on peut faire tous les efforts qu’on veut pour rendre les bus accessibles aux malvoyants, mais s’ils ne peuvent pas aller consulter les horaires sur internet… En France, 1,7 million de personnes souffrent d’un trouble de vision.
Archives départementales, 26, rue de la Blauderie à Niort. Du mardi au vendredi : 8 h 30-17 h. Les demandes de documents pourront être effectuées de 8 h 30 à 12 h 15 et de 13 h 45 à 16 h 15.

 

(Source : Site Internet - la Nouvelle République.fr)

A lire également

28 octobre 2016

Le conseil d’administration de l’association Valentin Haüy s’est réuni le 28 juin 2018.

Conformément aux statuts, la composition du bureau respecte la parité entre membres voyants et handicapés visuels.