Des projets de suppression de feux tricolores en ville : qu’en est-il de la prise en compte du handicap visuel ?

L’autonomie des personnes aveugles ou malvoyantes passe notamment par le fait de pouvoir se déplacer seules et conserver ainsi une indépendance.

En ville, afin de favoriser la circulation des personnes handicapées visuelles, les feux tricolores ont été rendus sonores ces dernières années. Cela signifie concrètement que lorsqu’une personne déficiente visuelle se présente à un carrefour pourvu d’un feu tricolore sonore, un boîtier universel lui indique vocalement si le feu piétons est vert ou rouge, l’invitant à traverser ou non (exemple : rouge piéton rue Duroc, ou ritournelle pour indiquer que l’on peut traverser).
Ce dispositif simple permet de favoriser réellement le déplacement urbain pour les personnes aveugles ou malvoyantes.

Cependant depuis quelques mois, plusieurs projets de suppression des feux tricolores et indirectement de suppression des alertes vocales, voient le jour dans différentes villes telles que Paris, Rouen, Nantes ou Bordeaux. L’ambition de ces projets est de fluidifier le trafic automobile en créant des zones de circulation partagée entre piétons, cyclistes et automobiles et en responsabilisant chaque usager. À l’approche d’un carrefour non balisé, chacun est obligé de faire davantage attention aux autres et ralentit alors sa cadence.
Seulement pour une personne qui ne voit pas ou très mal, anticiper l’arrivée d’un véhicule ou même d’un vélo est impossible ! Les alertes vocales permettent de sécuriser les déplacements des personnes déficientes visuelles en ville, mais aussi les déplacements des enfants, de personnes âgées ou à mobilité réduite. La suppression des feux tricolores remet donc en cause le principe d’autonomie des personnes handicapées visuelles.

À Paris, où une expérimentation est menée dans le quartier Pernety (14ème arrondissement), le Pôle Accessibilité de l’association Valentin Haüy est actuellement en discussion avec la Mairie de Paris afin de revoir les projets de suppression de feux tricolores, voire de les annuler, considérant qu’ils constituent un danger pour les usagers les plus vulnérables.

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13 juillet 2016

Se déplacer seul dans la rue, traverser un carrefour, prendre le bus ou le métro sans être accompagné, circuler dans une gare sans l’aide d’autrui… Cela est simple et naturel pour un adulte « ordinaire », tellement naturel que l’on n’y pense même pas.

Mais ceux d’entre nous que le handicap a contraint à dépendre des autres mesurent la valeur inestimable de ce bien devenu rare : l’autonomie.