Bien préparée, une reprise sereine à l’atelier de la Villette

Contraint de fermer avec la crise sanitaire, l’atelier de la Villette, entreprise adaptée de l’association Valentin Haüy (Paris 19e) a rouvert ses locaux dès le premier jour du déconfinement lundi 11 mai. Une reprise d’activité progressive soigneusement préparée et souvent très attendue des 37 salariés en situation de handicap qui y travaillent habituellement.

« Il y a plein de raisons de broyer du noir en ce moment, mais ici on reste positif, on cherche des solutions », assure Renaud Lemaire, Directeur de l’atelier de la Villette.

Le dynamisme de l’équipe encadrante a déjà permis à quinze salariés volontaires en situation de handicap de reprendre le travail dans les locaux de l’entreprise adaptée.

« Les activités de reprographie et de routage reprennent progressivement. L’activité bureautique est importante avec notamment des transcriptions de réunions pour les CSE (Comités Sociaux et Economiques). En revanche, les missions de détachement dans nos entreprises clientes et les prestations de massages sont arrêtées », précise Renaud. 

Un retour attendu

Particulièrement impliqués dans leur travail, Denis, Saïd et Carole, attendaient avec impatience le retour à l’atelier.

Pour Denis, c’est même une « libération ». Denis était en mission dans une entreprise lorsque le confinement a commencé. « L’arrêt a été brutal pour moi, avec un sentiment désagréable d’inachevé car ma mission devait s’arrêter fin juin », ajoute-t-il.

Saïd raconte : « Cela m’a fait du bien de redevenir actif car le confinement devenait pesant après deux semaines ». Pour Carole à l’inverse, « le moral était meilleur à la fin du confinement avec de nouvelles routines » mais elle apprécie de « reprendre un rythme plus actif ». Elle est satisfaite car « ses habitudes de travail sont revenues instantanément ».

   

Légende : Denis, Carole et Saïd à leurs postes de travail.

De nouvelles habitudes

Les salariés ont rapidement compris et adopté les mesures sanitaires imposées, comme le confirme Renaud, le Directeur : « Après trois semaines de présence sur site, on constate que les consignes sont parfaitement respectées […] Le jour J, ils ont été accompagnés individuellement pendant une demi-journée. Nous leur avons montré tout ce que l'on avait mis en place sur chaque poste de travail, y compris un rappel individuel des gestes barrières, le port du masque au sein de l’établissement et le lavage des mains avec des solutions hydroalcooliques ou le savon. ».

« Il a fallu deux jours pour bien m’habituer » indique Saïd. Pour lui comme pour sa collègue Carole, « le plus contraignant, c’est de porter le masque ».

Finalement, les transports représentent souvent la seule difficulté et source d’inquiétude pour les salariés.

Denis qui prend le tramway témoigne : « C’est un peu difficile car il y a du monde et les gens sont proches. J’espère que ce souci sera réglé lorsque les lignes de métro fonctionneront mieux. ».

L’équipe encadrante reste attentive. « Dans les études quotidiennes faites auprès des salariés, nous avons constaté que tout se passe plutôt bien pour eux dans les transports en commun à Paris. Le 11 mai, c’était encore un peu fragile mais désormais les usagers respectent davantage les consignes. » tient à signaler Renaud. 

De l’anticipation et une équipe encadrante pleinement mobilisée

« Cette ouverture a nécessité une organisation au préalable assez importante. Cela a pris près d’un mois de travail pour évaluer la possibilité de rouvrir le 11 mai tant pour les salariés que pour la partie sécurité au travail » résume Renaud.

Côté équipement, tout a été commandé pendant la période de confinement : masques, gel hydroalcoolique, lingettes désinfectantes et gants de protection spécifiques pour réceptionner les marchandises. « Nous sommes bien équipés aujourd’hui car nous avions tout prévu » se réjouit Renaud, qui a lui-même pris le temps de fabriquer des visières de protection avec son imprimante 3D pendant le confinement.

Il poursuit : « L'équipe encadrante est revenue à l’atelier une semaine en amont, le 4 mai, pour mettre en place et tester tout ce qui avait été imaginé pour garantir la sécurité des salariés. Cette semaine-là, nous avons aussi sélectionné les personnes susceptibles de revenir rapidement au travail : salariés voyants ou malvoyants, qui habitent à proximité de l’entreprise et peuvent utiliser les transports en commun, mais aussi ceux qui vivaient mal le fait de rester chez eux ».

   

Légende :
Isabelle et Rosine, responsables de l’équipe bureautique, masquées. Isabelle a confectionné des masques pour ses collègues.
Renaud, le Directeur de l'atelier, a fabriqué une quinzaine de visières de protection comme celle-ci avec son imprimante 3D, notamment pour le personnel de la résidence Autonomie (située à côté de l’atelier) et les Services Généraux du Siège de l'association.


    
Légende : des adhésifs très visibles ont été collés autour des postes de travail pour faire respecter les distances physiques de plus d’1 mètre.

 
Légende : salle de pause de l’atelier de la Villette. Des tables ont été ajoutées et les chaises ont été espacées pour faire respecter la distanciation sociale. Un nettoyage renforcé a également été prévu dans tous les espaces de vie et points de contact (portes, poignées, mains courantes) des 800m2 de l’atelier.

Encore un peu de patience pour les autres salariés

Bouchra, attachée commerciale, témoigne « Certains salariés appellent presque tous les jours pour savoir quand ils pourront revenir ».

Parmi eux, des salariés malvoyants ou aveugles. « On cherche des solutions pour faciliter leur reprise de poste » assure Renaud. « Pour leur éviter les transports en commun, on va peut-être organiser des tournées ou leur proposer un hébergement à la Résidence qui est à côté de l’atelier », poursuit-il.

Enfin, « Notre activité dépend de celle de nos clients, que nous contactons régulièrement. Pour l’instant, nous avons de la visibilité jusqu’à la mi-juin seulement », souligne Renaud.

Ecoutez Renaud Lemaire, le Directeur de l’atelier de la Villette, dans cette vidéo (1 minute 9 secondes)

« On est vraiment sur une reprise progressive. Mais on est ouvert, on est là, les gens sont biens, sont positifs donc restons sur cette dynamique-là, avec un maximum de précaution jusqu’au bout. », conclut-il.

 

Il en va de même pour le CDTD (Centre de Distribution de Travail à Domicile) Frère Frances situé à Nantes, une autre entreprise adapté de l’association dont Renaud Lemaire assume désormais l’activité suite au départ à la retraite d'Alain Bigey pendant la crise sanitaire. La reprise a été aussi effective la semaine du 11 mai avec la réouverture de la boutique de Nantes, et la mise en place des consignes sanitaires pour l'accueil des clients et des salariés. L'équipe, composée sur place de Shirley B. la nouvelle secrétaire administrative, de Didier M. le responsable technique et de production, et de Mohand S. un chaisier, est également très motivée et heureuse de reprendre le travail.

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